Suisse – OCDE: un nouveau front fiscal?
Comme Paris, Berlin utilisera des données volées à des banques helvétiques. Agacés par la Suisse, des pays de l’OCDE veulent faire de l’échange automatique à fins fiscales la nouvelle pratique de l’organisation. Des mots en l’air? Non.
Jeffrey Owens a un don: celui de jouer avec les nerfs des diplomates suisses. Ce 28 janvier, l’homme fort du dossier fiscal à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a remis le couvert. Au Global Forum on Development à Paris, il a glissé que son institution ne pourrait rester «en marge d’un mouvement qui prône la généralisation de l’échange automatique d’informations fiscales». Des mots qu’il a redits à L’Hebdo, ajoutant que «le standard du Forum Global reste l’échange sur demande». Du moins pour l’instant. Après la volonté de l’Allemagne d’user des informations volées à des banques helvétiques, une nouvelle tuile risque de tomber sur le Conseil fédéral. Lire plus…
L’affaire Toulaev: un roman révolutionnaire
A la fin de l’année dernière, les éditions Zones (La Découverte) ont eu la très bonne idée de rééditer un roman de Victor Serge: L’affaire Toulaev (publié la première fois en 1948). De quoi s’agit-il? D’une fantastique plongée dans l’univers bureaucratique et mortifier de l’Union soviétique de Staline. Un régal.
L’intrigue commence ainsi. Dans la nuit moscovite, un haut membre du parti, le camarade Toulaev, se fait flinguer. Un meurtre en pleine rue, sans témoin, sans arme du crime et, le pire des scénarios pour ce régime du tout rationnel, sans motif. Mince alors! Comment expliquer qu’un apparatchik de première bourre puisse ainsi passer de vie à trépas sans raison et sans que personne ne revendique quoi que ce soit. Impensable pour le régime, et au premier rang pour son Chef. Et bien parfois la raison, on l’invente. Sans oublier aussi d’inventer des auteurs, même plusieurs. C’est mieux, ça fait complot et le Chef aime ça, le complot. Il y a donc des déviants de gauche – les trotskistes – ou du moins les rares éléments encore en vie, et à vrai dire, assez surveillés par la police politique. Des déviants de droite, aussi rares et surveillés que les premiers, sauf qu’au brave Léon, ils préféraient le souriant Nikolaï Boukharine. Et forcément, comme c’est la période des soldes, autant ajouter quelques vieux loups du système dont Staline se dit qu’il ne sert à rien de les garder en vie. Lire plus…
La Finma, ce bouc émissaire par défaut
En un an, le surveillant des banques a aligné les boulettes. Comme avec les données UBS remises à Washington.
Une fois n’est pas coutume, la lecture du prochain rapport annuel de l’Autorité fédérale de surveillance des marchés (Finma) promet d’être amusante. Il faut dire que, depuis sa création voici un an, le surveillant des banques collectionne les casseroles. Dernière pièce de l’assortiment, celle du Tribunal administratif fédéral (TAF). Le 18 février 2009, la Finma autorisait la remise d’informations d’environ 300 clients d’UBS, soupçonnés de fraude fiscale, aux autorités américaines. Illégal, a écrit le TAF le 8 janvier passé. Le gendarme de la place financière a violé le secret bancaire. Fin de l’histoire? Non. Lire plus…
Affaire UBS: Série noire
Enquête. Durant une décennie, UBS a érigé un système de fraude fiscale pour ses clients américains prodigué à grande échelle. Avant de se faire pincer, puis de s’écrouler avec la crise des subprimes dès l’été 2007. Dans les deux cas, l’Etat la sauvera. Récit.
Zurich, à deux pas de la Paradeplatz. Ce mardi 17 août 2004, la météo maussade encourage Michel Guignard et Daniel Perron à se réfugier au 16 de la Bärengasse. Au deuxième étage d’un édifice brunâtre, ils rejoignent quatre collègues d’UBS, la banque présidée depuis trois ans par Marcel Ospel. Tous officient dans la gestion de fortune transfrontalière (offshore) avec la clientèle américaine. La matinée sera instructive. A tour de rôle, quatre cabinets de conseil font un rapide topo des derniers trucs et astuces en matière de dissimulation fiscale. A la demande de la banque, lit-on sur un courrier électronique rendu public par la justice américaine, ils ont été invités «à présenter les structures et véhicules que vous recommandez à nos clients américains et canadiens qui ne désirent pas déclarer leur revenu ou leur capital à leurs autorités fiscales respectives». Une habitude? La routine, plutôt. Lire plus…
Bradley Birkenfeld, le témoin que la Suisse n’écoute pas
Fin de partie. Malgré des manœuvres de dernière minute, l’acteur central de l’affaire UBS ira en prison. Et la justice suisse ne l’entendra pas.

D’un chalet à Zermatt à une cellule américaine. En cinq ans, l’existence de Bradley Birkenfeld a basculé. Le 4 janvier, la justice des Etats-Unis a en effet refusé le report d’emprisonnement que sollicitait l’ex-employé d’UBS. Condamné le 21 août par une cour de Floride, l’ancien gérant de fortune qui a transmis des informations cruciales sur l’aide fournie par la grande banque helvétique à sa riche clientèle américaine, voulait continuer de se mettre à table. Trop tard. Le 8 janvier, ce vendredi, il entamera 40 mois de prison ferme. Loin de ce Cervin qu’il scrutait depuis son pied-à- terre.
«J’ai donné aux autorités américaines la plus grosse affaire de fraude fiscale au monde en dénonçant 19 000 criminels internationaux. Je serai le seul à aller en prison! Pas un seul banquier suisse.» Ces mots, Bradley Birkenfeld les a prononcés, pour la première fois à visage découvert, le dimanche 3 janvier. Invité de 60 Minutes, émission de la chaîne de télévision américaine CBS, l’exbanquier a dit son incompréhension. Avec une bonne dose d’aigreur. Lire plus…
Affaire UBS: Les socialistes veulent changer le Code pénal pour punir les banquiers
«Je suis déçu et stupéfait.» Christian Levrat, le président du Parti socialiste suisse, ne décolère pas. Le 15 décembre passé, il recevait un fax du Ministère public de Zurich. La plainte de son parti contre les ex-dirigeants d’UBS – dont Marcel Ospel et Peter Kurer – a été classée. Comme la préenquête du Parquet zurichois à l’encontre de ces mêmes banquiers. Une préenquête de dix-huit mois qui a conclu à l’insuffisance du droit suisse pour poursuivre Ospel et consorts. Ces derniers ne répondront pas d’aide à la fraude fiscale. Lire plus…
Affaire HSBC: Dans l’étau français
Vol de données confidentielles, imbroglio juridique et confrontation franco-suisse. La place financière se prépare encore un psychodrame.
L’année 2009 finira donc mal pour la place financière suisse. Après la remise de 250 noms de clients d’UBS au fisc américain en février, la fin de la distinction entre fraude et évasion fiscale en mars, un deal entre Berne et Washington pour la livraison de 4450 autres noms clients d’UBS en août et la dispute fiscale avec l’Italie depuis novembre, voilà qu’un ancien employé de la banque HSBC a transmis des données confidentielles à la justice et au fisc français. Avec des numéros de compte, des noms de clients, leurs avoirs et les historiques des transactions comptables. Après Washington, Paris ne saurait bouder son plaisir.
Très chers tunnels
Un rapport d’experts révèle un surcoût de 20% des tunnels du pays. C’est même pire du côté romand et le contrôle des coûts par Berne reste lacunaire.
La Suisse, son chocolat, ses coffres-forts, ses montres… et ses tunnels. Des monuments à la gloire du génie bâtisseur helvétique. Mais des ouvrages onéreux dont les coûts restent dans bien des cas sous-évalués. Cette conclusion se lit dans un rapport du Contrôle fédéral des finances (CDF) publié il y a peu. Une dizaine de chantiers suisses ont été examinés par les limiers fédéraux. En moyenne, la facture finale des ouvrages dépasse de 20% les devis des projets les plus avancés. Surtout en Suisse romande. Baume sur le cœur, ce chiffre avoisine les 35% en Europe.
La Suisse, cet Etat du Deal permanent
Un livre raconte l’émergence d’une Suisse moderne en 1848. Les libéraux-radicaux défendaient alors leurs intérêts en mobilisant l’Etat. Captivant.
Les origines de la Confédération autrement. C’est ce que propose l’historien Cédric Humair, chargé de cours à l’Université de Lausanne, dans un ouvrage qui sort en libraire ces jours-ci. Un essai de vulgarisation qui évite les mythes colportés dans l’historiographie sur 1848, date de la création de l’Etat fédéral.
Non, le conflit du Sonderbund n’a pas été un conflit religieux, mais une lutte entre une Suisse du dynamisme économique, celle des libéraux-radicaux, et une Suisse de la vieille aristocratie arc-boutée sur le pouvoir de l’Eglise. La première vaincra, mais n’étouffera pas la seconde comme le montre la création du si conservateur Conseil des Etats au Parlement.
Isolée dans une Europe réactionnaire, cette Suisse libérale illustre la mobilisation massive de l’Etat au service de l’économie. Pour créer le franc, unifier les douanes, bâtir un réseau postal. Tout cela, en un temps record. Mais aussi au prix de tractations constantes au sein des élites bourgeoises et de leurs représentants au sein du Conseil fédéral.
A lire: «1848. Naissance de la Suisse moderne». De Cédric Humair. Antipodes, 167 p.
© L’Hebdo, 10.12.2009,
Quand les vieux sages se retirent…
Mardi dernier à Genève, Jean-Pierre Roth, le président de la Banque nationale suisse (BNS), était de passage au Centre international d’études monétaires et bancaires (CIMB), un cénacle savant hébergé par l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID). Au menu de la soirée, sa dernière conférence devant le CIMB intitulée «La crise financière s’éloigne: leçons pour l’action future des banques centrales». A l’instar de sa conférence à l’Université de Fribourg vendredi 21 novembre (le texte est ici), le future retraité, qui laissera sa place à Philipp Hildebrand le 1er janvier prochain, a livré quelques réflexions pas trop fracassantes sur le travail de la BNS et sa propre expérience en la matière. Pas de quoi fouetter un chat. Sauf sur un point: le rôle du politique en temps de crise. Et là, Jean-Pierre Roth a le mérite de la franchise: Lire plus…

