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Archive pour septembre 2009

La place financière suisse sort revigorée de la crise

24 septembre 2009 2 commentaires

Il y a peu, les banquiers suisses s’alarmaient de la mort du secret bancaire. Désormais, la déprime a été balayée par l’euphorie et le désir de conquête.

A Genève, ce jeudi 17 septembre, un couple improbable s’est formé à la Journée des banquiers. Sur scène, Marie-Thérèse Porchet a requis un coup de main de Pierre Mirabaud, président sortant de l’Association suisse des banquiers (ASB). Et l’intéressé de s’exécuter en empoignant des deux mains, devant un public hilare, le postérieur de la célèbre habitante de Gland. Rieuse, l’ambiance tranchait bigrement avec la torpeur qui plombait la même Journée des banquiers, voici un an à Berne.

D’autant que, au début de l’année encore, des voix autorisées prédisaient un avenir sombre à la finance du pays. «Sans cette distinction [entre fraude et évasion fiscales, ndlr], la place financière pourrait rétrécir d’une proportion qui pourrait aller jusqu’à près de la moitié de sa taille», s’alarmait le banquier privé Ivan Pictet, associé senior de la banque du même nom. Des mots prononcés dans Le Temps peu avant que le Conseil fédéral n’approuve le standard de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’échange d’informations à fins fiscales. Des mots qui reflétaient aussi la chute des actifs en dépôt dans les banques suisses, environ 28%, sur l’année 2008.

Gagnante. Depuis la fin de l’été pourtant, le discours alarmiste a fait long feu. A L’Hebdo, Hans-Ulrich Doerig, président du Credit Suisse, jurait ainsi que «lorsque les émotions seront retombées, il apparaîtra évident aux yeux de tous que la Suisse a surmonté plus efficacement que d’autres la plus grave crise financière et économique des quatre-vingts dernières années». Associé gérant de Lombard Odier, Anne-Marie de Weck acquiesce: «La Suisse a moins souffert que d’autres places financières durant la crise.»

C’est très vrai si l’on constate qu’à l’inverse de l’Angleterre, aucune banque n’a été nationalisée. Et que l’aide confédérale reçue par UBS représente 8% du produit intérieur brut, contre 81% pour les plans de sauvetage publics des banques américaines.

Des faits rappelés à la Journée des banquiers par Pierre Mirabaud. Relayé par son confrère genevois, Patrick Odier, à la tête de l’ASB, le président sortant s’est permis ce pronostic: «La Suisse est même très bien positionnée pour sortir gagnante de la crise.» Pas faux, à lire les données de la Banque nationale suisse (BNS).

Gros gains. Certes, 2008 a déçu. Ainsi, le secteur a gagné trois fois moins d’argent qu’en 2005, année record. Le résultat d’ensemble indique que, en termes de profits, c’est là le pire exercice du millénaire.

Nuance toutefois, le secteur est resté bénéficiaire, à hauteur de 8,4 milliards de francs suisses. Abyssale, la perte du secteur se chiffre à 38,9 milliards pour 2008. Ce qui équivaut aux pertes des banques américaines… pour le seul dernier trimestre de la même année. De plus, la perte helvétique tient à 98,1% aux errements d’une institution: UBS.

En outre, l’ampleur de la catastrophe qui, il y a quelques mois avait mis, disait-on, la place financière à genoux, mérite d’être relativisée. En huit ans, le montant cumulé, en francs constants, des bénéfices du secteur bancaire frôle les 139,7 milliards. C’est trois fois plus que les pertes accumulées par le secteur depuis 2000, dont 81,7% ont été comptabilisées en 2008. Voilà peut-être pourquoi Pierre Mirabaud, frondeur, lançait jeudi passé: «Ne craignons pas d’affirmer que notre bilan en tant que secteur d’activité est plutôt flatteur!»

Titres en stock. Publié ce lundi 21 septembre, d’autres données de la BNS montrent aussi de réjouissantes nouvelles pour le monde bancaire suisse. Depuis février, les stocks de titres entreposés à Zurich, Genève et Lugano ne cessent de croître – environ 12,3% – pour atteindre les 4138 milliards de francs (voir tableau ci-dessus), une tendance déjà relevée par L’Hebdo voici un mois (20 août 2008). A la fin de juillet, ce sont donc 451,8 milliards en titres qui ont été placés dans les coffres suisses. La performance est appréciable car, en cinq mois, le tiers des sommes évaporées avec la crise depuis la fin de 2007 est ainsi revenu dans les banques. Et cette performance indique aussi que les riches étrangers ne se sont pas enfuis. Depuis mars, près de 241,5 milliards de francs appartenant à ces derniers sont venus sous nos latitudes. Et ce, fait cocasse, malgré la reprise des standards fiscaux de l’OCDE par le Conseil fédéral.

Ces placements et leur gestion constituent une grande partie des revenus des banques, commissions bancaires en tête. Des commissions qui, en moyenne sur dix ans, comptent pour plus de 40% du produit net dégagé par la place financière. Un chiffre qui avoisine 80% chez les banquiers privés (voir tableau). On saisit dès lors l’allégresse qui anime les banquiers suisses, notamment privés, à l’aune des chiffres de la BNS qui, eux, attestent que la gestion de fortune offshore n’est pas encore morte.

Conquêtes. Ce qui se sent aussi côté politique: impôt à la source pour les clients étrangers des banques domiciliées en Suisse, opposition de l’ASB au projet fédéral d’une protection renforcée des épargnants ou, encore, critiques contre un contrôle plus strict des régimes de liquidités et de fonds propres dont le G20 discutera à Pittsburgh, le monde bancaire bande les muscles à mesure que sa position se renforce. Et l’agenda se complète aussi avec la réapparition du Masterplan de l’ASB pour améliorer la compétitivité d’un secteur pourtant bien solide, à en croire ses propres acteurs. Des mesures comme la suppression du droit de timbre ont ainsi déjà été adoubées par un récent rapport du Département fédéral des finances. Avec, à la clé, une perte fiscale pour la Confédération de 3 à 4 milliards de francs, comme le chiffre Ivan Pictet. L’audace est vraiment de retour.

© L’Hebdo; 24.09.2009; page 30

 

Blocher, Hayek et Levrat: les dessous d’une alliance contre nature

17 septembre 2009 Laisser un commentaire

Nicolas Hayek, Christoph Blocher et Christian Levrat s’en prennent aux grande banques qui rechignent à un contrôle accru. Qu’en disent la BNS et la FINMA?

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Ce 11 septembre, dans le Salon Rouge du Bellevue Palace à Berne, Nicolas Hayek cachait mal son excitation. Son dernier coup? Allier le chef des socialistes Christian Levrat à l’ex-conseiller fédéral, Christoph Blocher, pour sonner la charge contre les grandes banques. De quoi susciter, enfin persifleront les mauvais esprits, l’attention d’une presse parlementaire obnubilée par la course au Conseil fédéral. Mais que veut ce quarteron, guidé par le fondateur de Swatch? Limiter l’impact de l’écroulement d’une banque sur l’économie suisse, quitte en dernier ressort à modifier sa structure et restreindre sa taille. Et l’improbable trio de battre le rappel de «l’économie réelle» et du monde politique pour soutenir les propositions sur le sujet de la Banque nationale suisse (BNS) et de l’Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA). Ce que ces deux institutions apprécieront.

Ce coup, l’horloger Hayek le mijote depuis mi-juin, quand il convie les chefs des quatre grands partis gouvernementaux au rendez-vous de vendredi passé. Le bristol arrive aussi chez d’importants délégués patronaux, tels les libérauxradicaux, Gerold Bührer, l’ancien chef du parti et actuel président d’economiesuisse, et l’élu national, Johann Schneider-Ammann, vice-président d’economiesuisse et président de Swissmem, la faîtière de l’industrie des machines.

A entendre le créateur de Swatch, Christophe Darbellay, président des démocrates-chrétiens, décline. Tout comme Gerold Bührer. Quant à l’industriel Schneider-Ammann, il se défile aussi, avant de soutenir, dans la presse dominicale et avec toute la prudence requise, Nicolas Hayek dans sa volonté de «lancer un débat». Enfin, son chef de parti, Fulvio Pelli, aurait écrit un long courrier pour motiver son refus. Malencontreusement égaré par le secrétariat de son parti.

Au final, Nicolas Hayek compose donc avec les extrêmes, Christian Levrat – venu sur les pattes arrières – et Christoph Blocher, trop heureux de tirer quelques salves sur un centre droit qui «ne se préoccupe pas du futur de notre économie et s’écharpe pour siéger au Conseil fédéral». Mais les manœuvres estivales du patron de Swatch vont également faire réagir du côté bancaire. UBS, encore sous perfusion étatique, c’est Credit Suisse qui s’agite. Et cela n’a rien du hasard.

Contre-feux. Ce même 11 septembre en effet, en ouvrant les pages de l’influente Neue Zürcher Zeitung, ses fidèles lecteurs découvrent un article du président du conseil d’administration de Credit Suisse, Hans-Ulrich Doerig. En substance, écrit-il, la place financière suisse pourrait sortir ragaillardie de cette crise, sauf si l’on édicte «des réglementations bancaires spéciales aux conséquences fatales». Et de citer un éventuel reflux des avoirs étrangers ou un financement plus cher des PME. Ainsi, «une régulation trop restrictive des grandes banques affaiblirait toute l’économie », prédit ce très proche des libéraux-radicaux, élu au comité directeur d’economiesuisse… sept jours plus tôt.

Voilà le contre-feu et, avec, comment couper l’herbe sous les pieds de la coalition Hayek-Levrat-Blocher, le jour de son invitation à la presse. D’autant plus que le service de communication de Credit Suisse ne chôme pas ces jours-ci pour ménager au président Doerig des entretiens dans la presse dominicale ou dans L’Hebdo (lire p. 34). Avec un message: touchez à la taille des banques, et l’apocalypse suivra.

Pressions. Hayek et consorts l’ont répété: ils n’amènent «rien de bien nouveau». Ancien Monsieur Prix, le socialiste Rudolf Strahm décrit cette coalition comme «bizarre et extraordinaire». Bizarre, parce qu’il «est impossible de vouloir fixer la taille d’une banque». Extraordinaire, car elle «fournit un appui politique à la BNS sur d’autres dossiers ce que sa direction doit apprécier». A l’instar des propositions émises par la banque centrale, le 17 juin à Berne. A cette date, le futur président de la banque centrale, Philipp Hildebrand, avait brisé quelques «tabous». Devançant ainsi les arguments de Hans-Ulrich Doerig, le banquier central estimait que «l’évidence empirique incite à penser que la taille des grandes banques actives sur le plan international excède depuis longtemps celle qui est nécessaire pour profiter de ces avantages». C’est peu dire que les dents ont grincé du côté de la Paradeplatz.

Autres tabous brisés? Le même homme s’était posé la question de savoir comment liquider un établissement en pleine déconfiture. Et celui-ci d’imaginer aussi la BNS et la FINMA intervenir dans la stratégie des banques en agissant sur leur niveau de fonds propres afin de limiter la taille des institutions, donc le risque sur l’économie nationale. Surtout, Philipp Hildebrand avait plaidé pour une hausse des fonds propres à 5% du bilan, contre le 3% qu’impose, d’ici à 2013, la FINMA. «L’enjeu est là, analyse Rudolf Strahm, l’ex-spécialiste des questions économiques des socialistes, car personne ne sait qui de la FINMA ou la BNS a vraiment la compétence de fixer ce taux.»

Question de compétence mise à part, cette nouvelle hausse des fonds propres a suscité l’ire des banquiers. Et ce n’est pas une première pour Philipp Hildebrand. En été 2008 déjà, quand la FINMA et la BNS ont suggéré l’idée de relever ce niveau de fonds propres, ces dernières ont joué des coudes. A l’époque, Walter Kielholz, devancier de Hans-Ulrich Doerig à la tête de Credit Suisse, avait épinglé Philipp Hildebrand dans la presse. A cette époque aussi, la BNS laissait percevoir que, au Parlement, le politique demeurait méfiant à l’égard de cette hausse. Des élus, pour l’essentiel au centre droit, se faisaient les porte-voix des grandes banques pour affirmer que ces réformes risquaient de «détruire la compétitivité de la place financière», se souvient un cadre de la banque centrale. Des résistances qui devaient faire long feu avec la faillite de Lehmann Brothers, le 15 septembre 2008. «Sans l’aggravation de la crise financière, la destinée du nouveau régime de fonds propres de la FINMA [du 20 novembre 2008] aurait été plus qu’incertain», concluait Peter Siegenthaler, le chef de l’Administration fédérale des finances, fin avril devant la Société d’économie politique de Zurich.

S.O.S. Aujourd’hui cependant, le monde bancaire reprend des couleurs à mesure que les marchés redécollent. Et les résistances aux réformes se font plus vives. A l’instar des messages émis cet été par la BNS, le même Peter Siegenthaler prévenait, en août dans le SonntagsBlick, que «les milieux financiers ont peu appris de la crise. On peut craindre que leur puissant lobby n’empêche l’introduction de réformes indispensables. L’opposition contre les réformes grandit.» Un appel au secours. Jean-Baptiste Zufferey, membre du conseil d’administration de la FINMA, partage aussi ce sentiment. «Il est vrai que sur des dossiers comme celui des rémunérations, il y a un ramollissement de la volonté politique. En Suisse, comme à l’étranger d’ailleurs.»

L’affaiblissement des grandes banques et de leurs estafettes parlementaires n’aura donc été que temporaire. Au revoir les réformes? Non, comme veut le croire le socialiste Christian Levrat, «la fenêtre est encore un peu ouverte pour faire passer ces réformes. A condition d’aller vite.» Des mots que l’économiste Strahm fait siens, malgré «le travail énorme de lobbying déployé par les grandes banques sur le Parlement».

Ces pressions, les autorités de régulation les ressentent-elles comme à l’automne dernier? La BNS se retranche derrière un «no comment», plus occupée à préparer son appréciation de la conjoncture prévue pour jeudi 17 septembre et la réunion du G20, à Pittsburgh. Sans se prononcer directement sur l’initiative de Nicolas Hayek, Jean-Baptiste Zufferey assure que «les autorités de surveillance n’ont pas à entrer dans le débat politique. Cela dit, glisse le professeur de droit administratif à l’Université de Fribourg, il est judicieux que le public se préoccupe aussi du danger potentiel que représentent les deux grandes banques pour la Suisse.» Reste surtout la discussion en coulisse: «Ce thème [de la taille des banques] n’a rien de neuf. La FINMA et la BNS s’intéressent à la question depuis un certain temps déjà. Faire passer l’Atlantique au milieu pour couper une banque en deux, c’est vite dit. Nous nous heurtons à des problèmes juridiques et techniques complexes. Avec la BNS, nous publierons un rapport sur le sujet, mais je ne peux pas vous dire quand.» Une lenteur que personne n’explique ni à la FINMA, ni à la BNS.

© L’Hebdo; 17.09.2009

Mauro Dell ’Ambrogio encaisse et donne des coups

9 septembre 2009 Laisser un commentaire

Le Parlement examine le projet de loi sur l’aide aux universités, HES et écoles polytechniques. Ces dernières s’irritent, mais le pugnace secrétaire d’Etat se défend.

La loi sur l’aide et la coordination des hautes écoles (LAHE): voilà un sacré morceau pour Mauro Dell’Ambrogio, le secrétaire d’Etat à l’Education et à la recherche (SER). Présentée par le Conseil fédéral en mai, après des mois de retard et de consultations chahutées, la LAHE ambitionne de réunir les institutions du degré tertiaire – universités, écoles polytechniques et HES – sous un même chapeau, législatif du moins. A la satisfaction du chef du SER, les commissions parlementaires en charge du dossier sont entrées en matière sur le projet. Le feu couve pourtant avant le débat au Parlement.

Depuis deux ans en effet, les critiques s’entassent sur les bureaux du successeur de Charles Kleiber au SER et de l’autre responsable du projet, Ursula Renold, directrice de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie. Premiers bailleurs de fonds, les cantons universitaires s’émeuvent ainsi d’un pilotage centralisé des hautes écoles à l’échelon fédéral. A l’UNES, la faîtière estudiantine, la LAHE, «technocratique», ne répondrait pas aux besoins des étudiants, par exemple sur la question des bourses d’étude.

Irritation. Mais, à la fin de l’été, la nouvelle version de la LAHE a suscité une volée de bois vert de la part des grands patrons qui craignent depuis longtemps que les hautes écoles spécialisées se muent en quasiuniversités débranchées du monde du travail. En effet, economiesuisse, la centrale patronale, publiait un dossier assassin sur la LAHE: l’autonomie des hautes écoles serait limitée par le fait que la LAHE instaure un Conseil des hautes écoles qui définirait le profil des institutions. Ce conseil, comme tout l’organigramme de la LAHE, consacrerait une position de force des cantons face à Berne. De sorte que le système engendrerait l’inertie, reléguant «concurrence entre hautes écoles» et «excellence» au vestiaire.

Le radical tessinois Mauro Dell’Ambrogio décode ces critiques: «Une partie de celles-ci vient des cercles proches des écoles polytechniques fédérales, qui craignent un pouvoir des cantons sur leur autonomie. » Or, jure-t-il, «ce risque a été atténué dans le projet sans ignorer totalement, d’un autre côté, le mandat de coordination entre la Confédération et les cantons exigé par le nouvel article constitutionnel». Voilà qui devrait rassurer les instances dirigeantes des écoles polytechniques.

Mais qu’en est-il du déficit de concurrence dénoncé par economiesuisse? Mauro Dell’Ambrogio tacle la faîtière: «Désirer plus de concurrence, pas de planification et des pôle d’excellence en même temps peut être contradictoire.» De telle sorte que cette mouture de la LAHE «encourage le partage des tâches dans les domaines particulièrement onéreux pour le système et la concurrence dans les autres». Les disciplines moins coûteuses, comme les sciences humaines, apprécieront le geste. Au Parlement d’en débattre.

© L’Hebdo, 09.09.2009

Actifs toxiques d’UBS: un rachat d’ici à la fin de l’année?

3 septembre 2009 Laisser un commentaire

La direction d’UBS songe à racheter les «actifs pourris» vendus à la société poubelle créée l’an passé par la Banque nationale suisse.

Avec l’accord fiscal signé par Berne et Washington, UBS retrouve des couleurs. Et quelques ambitions. De là à racheter ses anciens titres toxiques repris par la Banque nationale suisse (BNS)? Oui, à lire les déclarations de la grande banque. Même si elle affirme que la question ne figure pas encore à l’ordre du jour, elle pourrait le devenir. Oswald Grübel, le directeur d’UBS, y songe pour la fin de l’année, selon l’hebdomadaire Sonntag. Mais la banque le peut-elle? Non, pour l’instant du moins.

Depuis le 16 décembre, la BNS a créé le Stabfund, une société vouée à l’épuration des comptes d’UBS et dont la gestion administrative revient à la banque elle-même. A cette date, 16,5 milliards de dollars d’actifs y ont été transférés, avant que 22,2 milliards d’autres titres ne les suivent trois mois plus tard. Soit 38,7 milliards de dollars au total.

Au premier semestre 2009, suite à des dépréciations d’actifs et à la vente de certains titres, le prêt de la BNS au Stabfund a fondu à 23,5 milliards (contre 54 milliards lors de l’annonce du plan de sauvetage par le Conseil fédéral, le 16 octobre 2008).

A Zurich, au siège de la BNS, Werner Abegg, son porte-parole, se cabre quand on évoque le sujet: «La BNS ne fait momentanément aucun commentaire sur la question.» Au mieux se borne-t-il à confirmer que si UBS souhaite se saisir de «l’option de rachat ménagée par la BNS, alors le remboursement du prêt sera intégral». Aucune raison donc de penser que la banque en vienne à reprendre des titres plus que d’autres, selon l’évolution des cours. Et le porte-parole de renvoyer la balle à l’Autorité de surveillance des marchés financiers (Finma), à Berne.

Du côté de celle-ci, la question est de savoir si la banque a les moyens de ses ambitions, ce dont beaucoup doutent. «Si UBS veut racheter les titres à la BNS, la Finma devra d’abord s’assurer que banque est assez stable pour le faire», rappelle Alain Bichsel, porteparole de la Finma. Bref, l’Autorité de surveillance n’approuvera la transaction que si UBS ne dégrade pas son ratio de fonds propres de première catégorie. Des fonds qui s’élèvent à 31 milliards de dollars.

Mais alors pourquoi UBS envisage-telle ce rachat? Pour que le rapport de force entre elle et les autorités fédérales – Finma et BNS en tête – évolue en sa faveur? Des voix dans la presse alémanique le soupçonnent. Alors que l’Autorité de surveillance veut légiférer sur les rémunérations des cadres bancaires, Oswald Grübel prévoit déjà de verser 1,6 milliard de dollars de bonus à Noël. Mais la direction d’UBS s’active aussi pour renforcer sa banque d’investissement et participer à la reprise des marchés. D’abord, aux Etats-Unis. Ainsi, rien que cet été, la banque a recruté Stuart Hendel, un haut cadre de Morgan Stanley, pour diriger le courtage sur le marché primaire à New York et plusieurs cadres pour son département de recherche en actions américaines.