Euroland: zone de turbulences


L’économiste Jacques Sapir analyse les effets de la crise grecque sur l’euro. Le besoin de réformes de l’Union monétaire européenne est aigu. Sinon, il faudra s’attendre au pire.

En Europe, l’intervention des gouvernements pour sauver le secteur financier a conduit à une explosion des déficits publics et à un accroissement de la dette. Dans les pays de la zone euro, cette dette s’est accrue de 26,7% depuis 2007. Cette année, selon les prévisions d’Eurostat, la Belgique, la Grèce et l’Italie verront leur endettement frôler la richesse produite en un an par leurs économies (voir infographie). Résultat, les marchés financiers rechignent à acheter cette dette souveraine, imposent des taux d’intérêt de plus en plus élevés aux débiteurs et spéculent sur le premier pays de cette zone qui fera défaut.

Ce mois-ci, la Grèce en fait l’expérience. Sa population risque une cure d’austérité d’une ampleur rare. Une menace qui pèse désormais sur l’Espagne – qui préside actuellement l’Union européenne –, le Portugal et l’Italie.

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Euroland et endettement public

La Grèce et le niveau de sa dette publique ont été au cœur de l’actualité en février. Néanmoins, d’autres pays lourdement endettés, à l’instar de l’Italie, devraient susciter bien plus d’inquiétudes chez les dirigeants de l’Euroland. Infographie.

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Jean-Pierre Roth: la (grosse) prime au sortant

A la fin de l’année dernière, le Valaisan Jean-Pierre Roth se retire de la présidence de la Banque nationale suisse (BNS). Hommages et autres papiers dithyrambiques s’entassent dans les pages économiques de la presse du pays. L’homme d’obédience radicale a sauvé la «Suisse», comme l’écrivent de nombreux commentateurs. Plus que la Suisse, Jean-Pierre Roth a participé – avec une poignée d’autres – à la rescousse d’UBS. Ce mastodonte de la place financière suisse empêtré dans une procédure judiciaire américaine et une gestion calamiteuse de ses risques sur les subprimes. Et mieux que les hommages de décembre arrive aujourd’hui la prime au sortant.

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Xavier Oberson, le Carlos Santana de la fiscalité suisse

Portrait. Xavier Oberson n’a rien de l’avocat coincé que l’on imagine. Cet excellent musicien est un incorrigible exalté.

Expert du Conseil fédéral sur les conventions de double imposition et professeur de droit fiscal à l’Université de Genève. Ajoutez un costume gris, et voilà de bonnes raisons pour tourner la page. Tant pis pour vous. Car derrière ce curriculum vitæ bien fait se cache une personnalité qui détonne dans le landerneau des fiscalistes suisses. Xavier Oberson vibre, bouillonne, s’exalte. Sur un dossier fiscal, mais surtout sur les «partoches» de Carlos Santana ou lors d’une jam du Montreux Jazz Festival dont il préside la Fondation 2.

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Echapper au fisc, mais autrement

Le secret bancaire agonise, mais l’évasion fiscale fleurit. Surtout hors de Suisse, écrit la journaliste Myret Zaki dans son dernier livre.

Pour la clientèle étrangère des banques suisses, le secret bancaire est à terre. Un secret qui a été, selon la journaliste Myret Zaki, la victime d’une lutte commerciale menée par les concurrentes de la place financière helvétique, Etats-Unis et Angleterre en tête. Or, ces Etats et les centres offshore qu’ils protègent – des Caraïbes aux îles Anglo-Normandes – usent d’astuces pour dissimuler des milliards de fortune. Et ce, sans qu’ils ne soient inquiétés par le G20 ou l’OCDE, rapports de force oblige.

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Myret Zaki: «La place financière suisse va régresser au 4ème ou au 5ème rang de la gestion de fortune transfrontalière»

Rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, Myret Zaki publie un nouveau livre consacré à l’évasion fiscale. Après le succès de son ouvrage sur UBS, Les dessous d’un scandale (Favre, 2008) et ses 13 000 exemplaires vendus, la journaliste s’attaque désormais à ce marché de l’évasion, opaque et confidentiel. Entretien.

Voici deux ans, vous vous attaquiez à UBS. Aujourd’hui, vous prenez le parti de défendre ce qui peut encore l’être dans la place financière suisse?
Non, je ne défends pas le secteur bancaire suisse, mais le droit de la Suisse a un traitement équitable. Il me semble crucial de dénoncer un état de fait. D’ailleurs, aux yeux des banquiers privés genevois, parler de ce genre de sujet publiquement vous rend suspect. Ils n’aiment pas que l’on parle ainsi à haute voix.

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La place financière suisse affiche ses divergences

Secret bancaire. Un conseiller fédéral, puis le patron d’UBS qui parlent d’échange automatique à fins fiscales avec l’UE. Surréaliste? Presque autant que le silence de la gauche.

Schématisons. Autrefois, le Conseil fédéral et les grandes banques ne parlaient pas du secret bancaire. Il n’était pas négociable. La gauche trouvait, elle, que ce secret-ci n’était pas acceptable s’il protégeait des tricheurs fiscaux. Rares étaient les camarades du parti à la rose à désirer son abolition, surtout après la gamelle prise par leur initiative sur le sujet en 1984. Désormais, tout cela sent un peu le sapin. Il y a une semaine, le conseiller fédéral Hans-Rudolf Merz brisait un tabou en abordant l’échange automatique à fins fiscales. Mardi 9 février, au tour d’Oswald Grübel, le patron d’UBS, de lancer que «le secret bancaire n’était plus un sujet central». Les socialistes, eux, se tâtent.

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Amnistie fiscale italienne: la possibilité d’un bide?

On allait voir ce que l’on allait voir, promettait en novembre passé Giulio Tremonti, ministre italien des Finances. Et l’ordonnateur du scudo, la troisième amnistie fiscale qui s’achève le 31 avril, de jurer la «fin du secret bancaire suisse». Surtout au Tessin, premier refuge pour les fortunes transalpines qui cherchent à contourner leur fisc.

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Suisse – OCDE: un nouveau front fiscal?

Comme Paris, Berlin utilisera des données volées à des banques helvétiques. Agacés par la Suisse, des pays de l’OCDE veulent faire de l’échange automatique à fins fiscales la nouvelle pratique de l’organisation. Des mots en l’air? Non.

Jeffrey Owens a un don: celui de jouer avec les nerfs des diplomates suisses. Ce 28 janvier, l’homme fort du dossier fiscal à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a remis le couvert. Au Global Forum on Development à Paris, il a glissé que son institution ne pourrait rester «en marge d’un mouvement qui prône la généralisation de l’échange automatique d’informations fiscales». Des mots qu’il a redits à L’Hebdo, ajoutant que «le standard du Forum Global reste l’échange sur demande». Du moins pour l’instant. Après la volonté de l’Allemagne d’user des informations volées à des banques helvétiques, une nouvelle tuile risque de tomber sur le Conseil fédéral. Lire la suite

L’affaire Toulaev: un roman révolutionnaire

A la fin de l’année dernière, les éditions Zones (La Découverte) ont eu la très bonne idée de rééditer un roman de Victor Serge: L’affaire Toulaev (publié la première fois en 1948). De quoi s’agit-il? D’une fantastique plongée dans l’univers bureaucratique et mortifier de l’Union soviétique de Staline. Un régal.

L’intrigue commence ainsi. Dans la nuit moscovite, un haut membre du parti, le camarade Toulaev, se fait flinguer. Un meurtre en pleine rue, sans témoin, sans arme du crime et, le pire des scénarios pour ce régime du tout rationnel, sans motif. Mince alors! Comment expliquer qu’un apparatchik de première bourre puisse ainsi passer de vie à trépas sans raison et sans que personne ne revendique quoi que ce soit. Impensable pour le régime, et au premier rang pour son Chef. Et bien parfois la raison, on l’invente. Sans oublier aussi d’inventer des auteurs, même plusieurs. C’est mieux, ça fait complot et le Chef aime ça, le complot. Il y a donc des déviants de gauche – les trotskistes – ou du moins les rares éléments encore en vie, et à vrai dire, assez surveillés par la police politique. Des déviants de droite, aussi rares et surveillés que les premiers, sauf qu’au brave Léon, ils préféraient le souriant Nikolaï Boukharine. Et forcément, comme c’est la période des soldes, autant ajouter quelques vieux loups du système dont Staline se dit qu’il ne sert à rien de les garder en vie. Lire la suite