Cédric Humair: «1848 contredit l’image que l’on a voulu donner de la Suisse»

Enseignant à l’Université de Lausanne, l’historien Cédric Humair décrypte les logiques qui sous-tendent la création de l’Etat fédéral. Auteur d’un passionnant ouvrage de vulgarisation sur le sujet (1848, Naissance de la Suisse moderne, Ed. Antipodes, 2009), il revient sur les idées fortes de son travail.

Comment la Suisse s’est-elle inventée une fête nationale?

A la fin du XIXe siècle, on récupère un pacte de 1291, découvert vers 1760, pour en faire le texte fondateur de la Confédération. Avec le 600e anniversaire de celle-ci en 1891, les autorités imaginent une commémoration à titre unique.

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Henri Guisan: Défendre la Suisse, oui. Et la démocratie?

L’admiration pour Mussolini, son vœu de voir la Suisse dirigée par un Chef, de même que son antisocialisme, voilà tout ce qu’a gommé le mythe du général Guisan.

A la fin du deuxième conflit mondial, le collégien Jean-François Bergier rencontre Henri Guisan, un ami de son grand-père. Il admire alors un homme chaleureux. Un demi-siècle après, dans le journal Le Temps, le même – qui préside la commission d’experts indépendants sur la Suisse durant la dernière guerre – juge autrement Henri Guisan: «Je suis parti de l’image reçue que l’on s’était courageusement défendus, qu’on avait un général charismatique. Je participais au culte du général Guisan, qui reste à mon avis une figure très impressionnante, même si on s’aperçoit aujourd’hui que c’était un esprit plutôt réactionnaire, mais avec toutes sortes de nuances.» Pourquoi ce revirement? D’autant que «sa» commission s’intéresse peu au général. Avec prudence, l’historien Bergier résume en réalité les écrits d’une poignée de pairs. Des écrits qui irritent et qui rappellent le conservatisme et l’attrait du fédéralisme pour le militaire vaudois, mais surtout son admiration du corporatisme, son anticommunisme et ses élans pour les grands chefs. Duce inclus.

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Espagne franquiste: des banquiers suisses pincés la main dans le sac

Fin 1958, un homme de la Société de banque suisse est arrêté à Barcelone pour aide à l’évasion fiscale. Un épisode qui rappelle les démêlés de l’UBS avec la justice américaine. Sauf que, à l’époque, la grande banque s’en sortira sans casse.  Lire la suite

Sébastien Guex: «Le secret bancaire, c’est du provisoire qui dure»

Spécialiste de la place financière suisse, l’historien critique Sébastien Guex éclaire la crise actuelle. Au détriment de mythes inoxydables.

A la place financière suisse et à ses petits secrets, voilà plus de quinze ans que l’historien Sébastien Guex s’y intéresse. Critique, il est un adversaire respecté par les milieux bancaires. En congé sabbatique, ce professeur ordinaire à l’Université de Lausanne prépare une histoire du secret bancaire. Alors que politiciens et médias s’ébrouent, il éclaire pour L’Hebdo les enjeux de la crise actuelle, en cinq points.

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Fuir la dictature chilienne

Dès 1973, la Suisse accueille des réfugiés du Chili. Illégalement aussi.

Le 11 septembre 1973, le gouvernement socialiste de Salvador Allende est renversé par le général Pinochet. En Suisse, partis de gauche, Eglises, médias et une grande partie de l’opinion s’inquiètent de la répression qui s’abat sur place. Pressé d’agir, et après moult atermoiements, le Conseil fédéral accordera asile à la mi-octobre à quelque 200 réfugiés du Chili. Une Sonderaktion (action spéciale), justifiera-t-il, en raison de la tradition humanitaire du pays.  Lire la suite