Du sang et des larmes, du foot et de la politique

Qualifié à la Coupe du Monde 2006, le Togo a sombré trop vite. Un documentaire raconte cet espoir trahi.

Ce 23 juin 2006, le Togo pleure. Dans un stade allemand à 5000 kilomètres de là, le Coq français brise les ailes des Eperviers, le onze togolais. La Coupe du Monde s’arrête net pour la bande à Emmanuel Adebayor, star togolaise et avant-centre des Londoniens d’Arsenal. Les tricoteurs africains rentreront sur leur terre avec trois matchs et autant de défaites. Pire, la Fédération togolaise de football et son équipe sont, depuis un mois, la risée des médias. Des primes de match envolées, des joueurs en grève avant la compétition et un entraîneur qui démissionne un jour, pour coacher l’équipe le lendemain. De Lomé à Sokodé, la honte s’ajoute aux larmes.

C’est cette tragédie que raconte le beau film de Pierre Morath et Nicholas Peart, tourné dans les rues de sable d’Adakpamé, un quartier pauvre de la capitale Lomé. On y croise les supporters en jaune et vert en pleines palabres. Antoine, jeune universitaire au chômage, trône là. Cette qualification incroyable du Togo à la Coupe du Monde, c’est la preuve qu’il faut y croire, que son pays n’est pas au fond du trou. Avec ceux qui se réunissent dans la salle de projection payante montée par Eloi − si sûr de faire une bonne affaire en cas de victoire des Eperviers −, l’espoir s’écroule vite. A mesure que les défaites s’enchaînent.

Même les apprentis ensorceleurs déchantent. Dans son patio, Olivier mélange en vain sang, plumes et coquillages. Avant la France, contre la Corée et la Suisse, les oracles n’ont pas aidé les Eperviers. Et, comme dans toute histoire africaine, la politique s’en mêle. Le chef de la Fédération nationale, frère du président Gnassingbé et fils de l’ancien homme fort du pays Eyadema, se remplit les poches avec les primes des joueurs, soupçonne le journaliste sportif Blaiso. Il n’est pas le seul à le croire, à l’instar de tous les Togolais dont le cœur s’était rempli d’espoir cet été-là. Les yeux gonflés, Antoine et Eloi se sentent trahis. Avec raison.

Togo. De Pierre Morath et Nicholas Peart. Suisse, 1 h 18. http://www.togo-lefilm.com

© L’Hebdo, 24.04.2008

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