Etre riche en Suisse

Notre pays est un véritable havre de paix fiscale. En l’espace d’un an, il a accueilli 900 nouveaux contribuables dont la fortune est supérieure à 10 millions de francs.

En 2005, 20 144 contribuables – à peine de quoi remplir le stade de La Praille à Genève – déclaraient une fortune supérieure à 5 millions de nos francs. Les mêmes détenaient au total 605,2 milliards de francs, soit plus de la moitié de la richesse entreposée dans ce pays. A l’inverse, 1 392 413 contribuables étaient «riches» entre 1 et 50 000 francs. Ces derniers, dont la fortune totale se monte à 24,4 milliards, détenaient 2,1% de la richesse qui repose dans les banques du pays. Ils sont chanceux, car 1 205 036 autres n’avaient, eux, aucune fortune à déclarer au fisc.

Concentration. Voilà une image saisissante de la répartition de la richesse en Suisse. Une image diffusée chaque année par l’Administration fédérale des contributions (AFC) dans un petit document qui reste très discret sur l’évolution de la concentration de la fortune dans ce pays. Dommage, car l’exercice est riche d’enseignements. Ainsi, en 1991, 7393 contribuables dont la fortune dépassait 5 millions disposaient tout juste du cinquième de la richesse du pays (120 milliards actuels). A l’inverse, 1 127 470 personnes qui déclaraient une fortune entre 1 et 50 000 francs, comptaient 25,9 milliards en banque (soit 4,2% de la fortune totale).

Sans être Bac+5 en économie politique, ces données officielles montrent que, en quinze ans, les très riches sont trois fois plus nombreux et quatre fois plus riches que jadis. Si le marasme économique des années 90 a touché une majorité de Suisses, les multimillionnaires ont gardé le sourire. Bref, vive la crise! Mais ces chiffres disent aussi combien la Suisse est un havre de paix fiscale sur lequel l’Union européenne a le droit de s’agacer à l’aune du travail de l’AFC. Ce n’est ainsi pas un hasard qui fait que, entre 2004 et 2005, la Suisse a «gagné» 900 nouveaux individus déclarant une fortune de plus de 10 millions de francs. Des individus – ou leur boîte aux lettres – qui, par rapport à la moyenne suisse (0,17% des contribuables), résident d’abord à Nidwald (0,64%), Zoug (0,6%) et Schwyz (0,1%).

Soustraction. Vieille tradition suisse en matière de données fiscales, ces chiffres restent des sous-estimations. L’épargne des 2e et 3e piliers, les objets mobiliers et les assurances vie n’y sont pas intégrés. Surtout, ils reposent sur les déclarations des contribuables ce qui peut susciter un doute sachant que la soustraction fiscale n’est pas punie et que l’industrie de «l’optimisation fiscale» tourne à plein régime pour ceux qui ont quelque chose à déclarer.

© L’Hebdo, 16.10.2008

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