Migrants clandestins: le mythe de l’invasion

Médias et politiques alimentent un discours apocalyptique sur l’exode massif d’Africains de l’Ouest. Pas si simple.

Un déferlement d’Africains, chassés par la guerre et la pauvreté vers les côtes ibériques, italiennes ou maltaises. Voilà l’image sur laquelle médias et politiciens dissertent à satiété. De quoi justifier, en particulier dans les pays de l’Union européenne (UE), des politiques de lutte contre «l’immigration clandestine». Pourtant, cette image d’exilés arrivés irrégulièrement de ce côté-ci de la Méditerranée tient d’abord de l’exagération. La migration illégale entre Europe et Afrique n’a donc rien de neuf, comme l’écrit Hein de Haas, chercheur à l’Université d’Oxford et spécialiste des questions migratoires. Le phénomène persiste depuis vingt ans, quand l’Italie et l’Espagne ont introduit l’obligation de visas. Seule nouveauté, à l’approche des rives européennes, les Africains subsahariens dépassent désormais en nombre ceux nés au Maghreb.

En toute légalité. Ce point est crucial, car il fonde un gros malentendu. Tous les exilés qui traversent le Sahara n’arrivent pas mécaniquement en Europe. Seuls 20 à 30% continuent leur route, le reste s’arrête en Afrique du Nord. La Libye, par exemple, est une destination importante pour beaucoup d’exilés du Tchad, du Nigeria et du Soudan. De plus, bien des immigrants d’Afrique de l’Ouest entrent légalement dans l’UE: soit 100 000 par an, contre 25 000 à 35 000 qui y parviendraient clandestinement. Surtout, l’ensemble de cette immigration d’Afrique occidentale ne représente qu’une fraction de l’immigration totale de l’UE: à peine 5,1% (sur 2,6 millions en 2004).

Dans ses écrits, Hein de Haas relève encore que, en dépit d’une hausse de la migration en provenance d’Afrique de l’Ouest, le nombre de ressortissants de ces pays est très modeste. Alors qu’on dénombre 2,6 millions d’exilés nés au Maghreb et installés dans l’UE, ce chiffre est de 800 000 pour les Africains occidentaux. «A eux seuls, les immigrants marocains dépassent tous les immigrants d’Afrique occidentale en Europe», constate le chercheur.

Ce n’est donc pas faire preuve d’angélisme que de contester cette idée d’un exode massif d’Africains occidentaux prêts à envahir les terres d’Europe. Une demi-vérité qui légitime cependant, depuis une dizaine d’années, une intensification des contrôles aux frontières de l’UE. Intensification complétée par une «externationalisation» de ces politiques de contrôle aux pays maghrébins, au Maroc ou en Libye. Des politiques qui, conclut Hein de Hass, «ont eu une série d’effets secondaires involontaires comme des violations croissantes des droits des migrants».

A lire: The Myth of Invasion. Hein de Haas. International Migration Institute (IMI), University of Oxford, 2007.

© L’Hebdo, 16.10.2008

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s