Hautes écoles: l’argent de poche des profs

Un rapport fédéral critique l’opacité des gains accessoires des professeurs. Edifiant.

On a beau œuvrer pour les hautes écoles du pays, les mandats privés restent alléchants pour les enseignants des universités et des écoles polytechniques. Mais au fait, combien sont-ils à faire des «ménages » dans un conseil d’administration ou des expertises pour des firmes, des associations ou Monsieur Untel? Et avec quels effets sur la qualité de l’enseignement et la recherche? Mystère, conclut un audit du Contrôle fédéral des finances (CdF) qui a voulu en savoir plus. En vain.

Peu contrôlés. Certains avaient cru qu’après les irrégularités comptables survenues à l’Ecole polytechnique de Zurich en 2000 et dans l’alma mater de Genève en 2006, le suivi des activités pécuniaires des enseignants allait se durcir. Si c’est le cas, avouent les limiers du CdF, cela reste insuffisant: «En pratique, il n’existe guère d’instruments de contrôle effectifs permettant de vérifier si les professeurs requièrent les autorisations nécessaires, si les activités réalisées à titre privé ne portent pas atteinte aux intérêts de l’université, s’il existe un lien avec les activités d’enseignement et de recherche et si l’utilisation de l’infrastructure dans le cas d’activités privées est vraiment déclarée». Sans parler des déclarations au fisc ou aux assurances sociales…

Constat d’autant plus inquiétant que ces gains accessoires pèsent 75 millions de francs chaque année, estime le CdF. Un chiffre qui n’inclut que les professeurs ordinaires (salaire moyen de 200 000 francs). Or, en comptant l’entier du personnel enseignant, pour un 20% d’activité extérieure, l’estimation dépasserait les 200 millions. Tout sauf de la roupie de sansonnet.

Cachottiers. Hormis ces estimations ou le peu de contrôle, le CdF s’étonne aussi que des hautes écoles aient refusé de lui livrer des informations. Parfois, seules de grossières estimations du volume des activités accessoires et du nombre d’enseignants concernés ont été remises. Au peu de contrôle répond enfin l’absence totale de sanctions ou, comme l’écrit pudiquement le CdF, «le plus souvent, une solution est trouvée avant que des sanctions ne soient appliquées». Alors que faire? Obliger les professeurs à cesser leurs activités accessoires privées au profit «de mandats de tiers»? Forcer les instances académiques à livrer les informations récoltées pour être révisées tant par des auditeurs internes qu’externes? Ou encore, harmoniser les directives des douze règlements en vigueur dans les hautes écoles suisses? Le CdF a soumis ses idées à la Conférence des recteurs des universités et au Conseil des écoles polytechniques fédérales. Avec en retour, une réponse dilatoire qui peut se résumer en une phrase: «Circulez, il n’y a rien à voir.»

© L’Hebdo, 23.07.2009

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