La DDC veut des rambos pour ses opérations

La coopération helvétique doit-elle enrôler des gardes armés pour protéger ses humanitaires? A la DDC, les discussions vont bon train.

En 2009, plus de 300 humanitaires ont été tués, gravement blessés ou pris en otage dans le monde. En République démocratique du Congo, 108 assauts contre des humanitaires ont déjà eu lieu depuis le 1er janvier, contre 105 en 2008. En Suisse, ces chiffres font cogiter la Direction du développement et de la coopération (DDC). A l’avenir, ne doit-elle pas, elle aussi, protéger ses employés avec des gens en armes? Son directeur suppléant, Toni Frisch, le croit. A l’interne de la DDC, un groupe d’experts y travaille.

L’idée d’une protection armée des humanitaires suisses, le même Toni Frisch l’a glissée lors de la Journée de l’aide humanitaire à Berne fin mars. Il y a peu, dans l’édition allemande de Global+, une publication de l’organisation non gouvernementale Alliance Sud, le chef de l’aide humanitaire a dit sa volonté d’aller de l’avant: «Nous devons trouver des solutions prévoyantes pour le problème de la sécurité. Une troupe d’intervention pour les cas où, c’est comme l’armée ou le corps des pompiers: on en dispose dans l’espoir de ne jamais en avoir besoin.» Un projet qui reste d’actualité, nous a-til confirmé mardi 3 novembre.

Mais de quoi serait faite cette troupe? A l’interne de la DDC, plusieurs options reviennent. Il s’agirait de former 30 gardes munis de chiens, de sprays au poivre ou de fusils-mitrailleurs suivant les cas. A l’instar des membres du Corps suisse d’aide humanitaire, ces gardes seraient mobilisables sur appel. «Des gardes recrutés, par exemple, parmi des retraités des polices cantonales ou de l’armée suisse», dit une source. Quant au coût par personne, il se monterait à 20 000 francs par tête, une somme retenue sur l’argent de l’aide humanitaire.

CICR chanceux. Chez Alliance Sud, l’experte Michèle Laubscher s’étonne du projet de la DDC. «Le risque, avec des gardes armés auprès des humanitaires, c’est de menacer leur indépendance et leur neutralité.» A de très rares exceptions, comme en Tchétchénie où ses délégués travaillent avec des gardes du corps, le Comité international de la Croix rouge (CICR) n’utilise pas de gens en armes et a vu «une baisse significative des attaques», jure la spécialiste.

Cette objection, Michèle Laubscher l’a soumise à Toni Frisch. Qui a répondu, dans Global+, que «le CICR a peut-être simplement de la chance». La DDC aussi. Jusqu’ici, aucun cas d’atteinte grave à la sécurité de ses collaborateurs n’est à déplorer. Qui s’en plaindra?

© L’Hebdo, 05.11.2009

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