Echapper au fisc, mais autrement

Le secret bancaire agonise, mais l’évasion fiscale fleurit. Surtout hors de Suisse, écrit la journaliste Myret Zaki dans son dernier livre.

Pour la clientèle étrangère des banques suisses, le secret bancaire est à terre. Un secret qui a été, selon la journaliste Myret Zaki, la victime d’une lutte commerciale menée par les concurrentes de la place financière helvétique, Etats-Unis et Angleterre en tête. Or, ces Etats et les centres offshore qu’ils protègent – des Caraïbes aux îles Anglo-Normandes – usent d’astuces pour dissimuler des milliards de fortune. Et ce, sans qu’ils ne soient inquiétés par le G20 ou l’OCDE, rapports de force oblige.

Au premier rang de ces techniques, le trust. Décrit sous toutes ses coutures par Myret Zaki, ce type de montage masque l’ayant droit économique d’immenses richesses en les «confiant» à un intermédiaire qui se charge de les faire fructifier sans que le premier n’apparaisse. Des trusts installés dans des paradis fiscaux au profit de personnes ultrariches. Résultat, une opacité complète sur des milliers de milliards et des pertes fiscales massives pour les Etats.

Voilà l’un des points forts de ce livre d’enquête. A savoir que ces outils d’évitement de l’impôt ne sont offerts qu’à une toute petite minorité. Ceux qui possèdent les moyens de se payer à prix d’or des avocats qui «légalisent» leur situation fiscale. En dessous du million, note Myret Zaki, le trust n’est pas fiscalement rentable. Mieux vaut donc déclarer ses sous au fisc de son pays. Ces pratiques de dissimulation, à l’instar des trusts, pourquoi les autorités helvétiques, attaquées sur le secret bancaire, ne les ont-elles pas dénoncées? «Car l’industrie financière suisse aimerait, elle aussi, préserver sa part de ce marché», glisse la rédactrice en chef adjointe de Bilan (lire son interview). Seul hic: la législation suisse contre le blanchiment contraint les banques à savoir qui se cache vraiment derrière un trust. «Ce qui n’est pas le cas dans d’autres centres offshore et le combat pour l’échange d’informations fiscales de l’OCDE n’y changera rien», ditelle.

Parfois, la technicité de la matière encombre le propos. La thèse aussi. L’usage des trusts depuis une vingtaine d’années mine certes les attraits d’une place financière suisse qui conserve tout de même près du tiers de la fortune privée mondiale. Mais ce serait oublier les liens de sociabilité qui ont fait depuis plus d’un siècle la force des banques suisses à l’étranger, comme en Europe. Ces liens se seraient-ils distendus en quelques mois au point de faire vaciller les banques du pays? «Oui», jure Myret Zaki.

A lire: Le secret bancaire est mort, vive l’évasion fiscale. Myret Zaki. Favre, 2010

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