L’argent afflue dans les banques suisses

Pour la gestion de fortune, 2009 devait être terrible. Et pourtant, les avoirs augmentent, l’argent frais aussi.

L’assemblée générale houleuse d’UBS du 14 avril dernier a éclipsé le fait que, excepté la banque de la Bahnhofstrasse, les résultats de la plupart de ses rivales affichent des résultats en forte hausse. L’année 2009, juraient bien des commentateurs, devait être celle du bouillon pour la place financière suisse. Surtout avec l’abandon de la distinction entre fraude et évasion fiscales par le Conseil fédéral en mars 2009. Les oracles ont eu tort.

Premier indicateur de ce bilan de santé positif, les avoirs confiés aux banques suisses que L’Hebdo a compilés (voir ci-dessous). En 2009, le top 20 des banques de gestion administraient 4896 milliards de francs pour leurs clientèles privée ou institutionnelle, contre 4468 un an plus tôt (+ 9,6%).

Au rang des gagnants de 2009, on observe la bâloise Sarasin (+ 34,5%), HSBC Private Bank (+ 29,5%) – l’affaire Falciani n’a débuté qu’en décembre –, et la banque privée genevoise Pictet (+ 24,4%). Ironie, l’ex-associé senior de cette dernière, Ivan Pictet, prédisait il y a une année une place financière diminuée de moitié si les autorités fédérales lâchaient la distinction entre fraude et évasion fiscales. Pas pour l’instant du moins.

Certes, les marchés ont repris en 2009, ce qui explique pour partie la hausse des avoirs sous gestion dans les banques. Hormis UBS qui a vu plus de 147 milliards partir de ses coffres, la majorité de ses concurrentes enregistrent un afflux d’argent frais. Près de 120 milliards ont ainsi été captés par des établissements installés en Suisse.

Sans surprise, le Credit Suisse engrange un afflux de fonds de 44 milliards, contre un reflux de 3 milliards en 2008. Du côté de Genève, la banque Pictet note une entrée d’argent record de 20 milliards, suivie par la rhénane Sarasin avec 12,5 milliards. A souligner qu’en deux ans de crise, ces deux institutions bancaires privées ont attiré près de 64 milliards, contre 41 pour Credit Suisse.

Asie et Moyen-Orient. «Ces chiffres sont réjouissants et attestent d’une reconnaissance de la compétence suisse dans la gestion de fortune. Mais ne cédons pas à l’optimisme béat. D’ici à 2012, les clients étrangers devront se positionner. Voilà le test pour le secret bancaire. Les enjeux sont devant nous, pas derrière!», lance Michel Juvet, directeur de la recherche à la banque privée Bordier & Cie.

Lorsque ces données sont disponibles, on constate surtout que cet argent frais collecté par les banquiers helvétiques l’est en Asie, au Moyen-Orient et, dans une plus faible mesure, en Amérique latine. Au dernier trimestre 2009, même UBS a ainsi drainé des capitaux frais depuis l’Asie. Une première depuis la fin de 2007. Le redéploiement de la place financière en Extrême-Orient porte-t-il donc ses fruits? Difficile de l’affirmer, car les banques restent discrètes. Aucun chiffre dans les bilans annuels n’existe pour dire si elles récupèrent ainsi une clientèle européenne ou débauchent des clients locaux…

Enfin, la hausse des fonds provenant du monde musulman incite aussi à croire que les craintes suscitées par l’initiative antiminarets ont été surévaluées. «D’abord par les médias, rigole Michel Juvet. Personne dans le monde bancaire n’avait indiqué pareil effet.»

© L’Hebdo; 22.04.2010


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