BNS: la mesure d’une décision

L’unanimité règne chez les commentateurs, experts et autres économistes. En fixant un taux plancher au franc par rapport à l’euro, la Banque nationale suisse (BNS) fait un pari risqué. Dans les risques les plus cités par les experts, on rappelle une hausse possible de l’inflation à moyen terme – en agitant le spectre du début des années 80 avec un compteur qui frôlait les 7% après la fixation du cours du franc au mark allemand en 1978 –, des pertes en milliards au bilan de la BNS (et donc, adieu les versements aux collectivités publiques) et une aggravation de la bulle immobilière en certaines régions suisses. Côté syndical, la mesure de mardi est saluée, mais elle risque de ne pas suffire à contenir la destruction d’emplois dans le secteur des exportations ou de presser sur la tête des employés, contraints de travailler plus ou de voir leurs salaires tomber en euros. Pourtant, de ces avis d’experts, je n’ai pas encore lu – cela m’a échappé – une mesure « simple » du coup de poker pris par la BNS. 

Depuis la crise des subprimes, la BNS a pris le parti d’acheter des sommes considérables d’euros pour les besoins de sa politique monétaire, ce que beaucoup d’économistes ont critiqué vertement. A lire les statistiques officielles de l’institution, la part des euros dans ses réserves monétaires est passée de 45,6% en 2007 à 55,3% au deuxième trimestre 2011. En 2007, cela représentait l’équivalent de 13,9 milliards d’euros, contre 89,3 milliards au début de l’été. Rien que depuis 18 mois, ces achats ont dépassé les 52 milliards d’euros. Ce qui, avec un euro en baisse, à occasionner des pertes au bilan de la BNS. Mais ce n’est pas là le point le plus important.

Le marché euro-franc suisse représente des transactions environ 50 milliards d’euros… par jour. En faisant l’hypothèse que des opérateurs jouent contre l’objectif de la BNS d’un euro pour 1 francs 20, cela signifie que la banque centrale devrait acheter tous les euros vendus sous ce seuil et disons que ces achats représentent 1% par jour, soit 500 millions au quotidien. Cela veut dire qu’en moins de 4 mois, la BNS aura acquis le même montant de réserves en euros achetés en 18 mois. Si les spéculateurs ne croient vraiment pas au nouvel objectif de la BNS et que celle-ci éponge 5% par jour d’euros, donc 2,5 milliards, l’institution monétaire tiendra 20 petits jours avant de constater que ces nouveaux achats égalent ceux réalisés depuis début 2010. Voilà la mesure du risque pris par Philipp Hildebrand et le reste du Directoire de la BNS ce mardi.

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