Le Delaware, cette tarte à la crème

Chouette, le Delaware est de retour! Il y a trois ans, le (méchant) Etat américain était flingué à tout va dans la presse helvétique. Banquiers (renseignés), politiciens (éclairés), journalistes (orientés) et autres commentateurs (informés), tous lançaient un argument type «Guerre des boutons»: les yankees nous attaquent mais eux aussi ont un paradis fiscal… le Delaware! Nananère!

Aujourd’hui, avec les (nouveaux) démêles de certains banquiers suisses avec la justice américaine, la même argutie refait surface. Il y a le banquier qui vous souffle à l’oreille de petites confidences («Vous savez côté morale, les Américains n’ont aucune leçon à nous donner qu’on sait comment fonctionne le Delaware»). Un discours qui frappe si fort le politicien – de droite, comme de gauche – qu’il se met à confondre la pratique de certains banquiers avec l’honneur de la Suisse toute entière («La Suisse subit les attaques féroces des Etats-Unis qui feraient mieux de faire le ménage chez eux, comme dans le Delaware»).

Curieusement pourtant, peu s’interrogent sur le fait de savoir pourquoi banquiers et milieux économiques suisses fustigent le Delaware avec une telle vigueur? Peut-être parce qu’ils le connaissaient et surtout, le pratiquent à outrance. Autrement dit, ils savent de quoi ils parlent. Et c’est du lourd.

En 2009 déjà dans L’Hebdo, je m’étais «amusé» à recenser les filiales d’entreprises suisses côtés au SMI installées dans le petit Etat américain. Résultat des courses? 841 entités repérées, soit 27,6% des filiales de firmes vedettes de la Bourse suisse logées dans ce «paradis fiscal» si décrié par les représentants de ces mêmes firmes et leurs estafettes parlementaires.

En 2012, on peut toujours jouer avec les registres du Delaware. Dans les choses amusantes, on voit que Swisscom – donc, la Confédération suisse – y possède encore deux entités offshore. Que des dizaines de fonds y sont enregistrés par des banques suisses (Crédit Suisse, UBS, LODH, Pictet, Julius Baer, etc.). Sans parler de la plupart des groupes industriels helvétiques (Swatch, Novartis, etc.).

La morale? Agiter le méchant Delaware comme un hochet dans les médias est une chose. C’est rigolo, ça fait diversion et ça ne casse pas trois pattes à un canard. Mais il n’est pas sûr cependant que ces mêmes agitateurs tiennent vraiment à ce que Washington boucle ce paradis fiscal du jour au lendemain.

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