Vale et la discrétion vaudoise

OPINION. Ce n’est plus un mystère. Le canton de Vaud exonère la brésilienne Vale, une multinationale logée à Saint-Prex et soupçonnée d’évasion fiscale dans son pays. L’information a été révélée par le Tages Anzeiger et 24 heures la semaine passée. Une information qui traînait dans plusieurs rédactions du pays depuis la publication du Contrôle fédéral des finances sur la surveillance lacunaire des sociétés au bénéfice de «l’arrêté Bonny». Autrement dit, les élections cantonales vaudoises, à défaut d’offrir un suspense haletant, ont eu un mérite: délier les langues. C’est du moins le cas avec Vale.

Et ce n’est pas rien, car cette firme est considérée par les ONG comme l’une des plus irrespectueuses des droits sociaux, économiques et syndicaux. Sachant cela, la promotion économique vaudoise aurait peut-être dû y regarder à deux fois avant de faire les yeux doux au géant brésilien. A moins qu’elle voulait faire œuvre de cohérence. En effet, la promotion économique vaudoise se fiche des conditions de travail dans les sociétés qui s’implantent sur son sol. Jusqu’ici, elle a toujours refusé de conditionner son aide, par exemple, à la signature d’une convention collective de travail par la société nouvelle venue.

L’implantation de Vale éclaire aussi de façon spectaculaire comment des sociétés de ce genre rapatrient leurs profits d’un endroit de la planète vers un autre pour payer le moins d’impôt possible. En jargon: de l’optimisation fiscale. Avec Vale, on se rend ainsi compte combien cette industrie de l’optimisation a connu un essor formidable sur les bords du Léman et combien celle-ci travaille en bonne intelligence avec les autorités fiscales cantonales. Ce serait là un amusant sujet d’enquête au long cours, tant ce petit monde est verrouillé.

Mais cette révélation éclatante ne réjouit pas beaucoup les amis politiques et les soutiens économiques du parti libéral-radical de Pascal Broulis, l’argentier vaudois et accessoirement, le premier responsable du dossier Vale. Un conseiller d’Etat qui mouline des explications et des chiffres pour se justifier depuis deux semaines, mais qui oublie un point essentiel qu’un de ses collègues de parti suisse alémanique m’a joliment résumé: «Vale montre que comment la combine marche en Suisse». Et celui-ci de grincer: «A l’avenir, on se passerait bien de la discrétion vaudoise!».

Que cet homme se rassure, la discrétion vaudoise, la vraie donc, est assurée… par la gauche, majoritaire au Conseil d’Etat. Même si ces représentants s’agitent vigoureusement devant le Grand Conseil, ses candidats au Conseil d’Etat restent finalement bien peu mordants sur le dossier fiscal. Forcément, difficile d’ouvrir le feu sur la droite libérale-radicale à propos sur les allégements fiscaux alors que les deux candidats socialistes sortants ont fait preuve d’une curiosité assez relative sur les «exonérations Bonny» ces cinq dernières années.

Pas sûr non plus que la majorité rouge-verte de l’actuel Conseil d’Etat ne prenne des décisions qui risqueraient de fâcher Pascal Broulis. La preuve par trois. Dans sa réplique au Contrôle fédéral des finances, le Conseil d’Etat in corpore promet un rapport sur ces exonérations… qui restera confiné à des commissions parlementaires. Rien de public, donc. Comme Genève, faut-il publier le volume des bénéfices exonérés dans le canton de Vaud? Des voix disent que le Conseil d’Etat en a parlé voici quelques jours, mais aucune décision n’est tombée. Encore raté. Le conflit fiscal et judiciaire sur Vale entre Berne et Lausanne – qui devrait se régler en catimini – devrait-il déclencher un audit sérieux des services de l’impôt de l’Etat vaudois? Dans les rangs de la gauche, la question ne fait, semble-t-il, aucun sens.

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