Affaire Sperisen: plainte pour faux témoignage

EXCLUSIF. La RTS a appris que les défenseurs d’Erwin Sperisen, l’ex-chef de la police guatémaltèque, s’apprêtent à déposer une plainte pénale pour faux témoignage. En cause, un témoin central de l’affaire entendu le 1er septembre passé par le Parquet.

Nouveau rebondissement dans le dossier Sperisen, du nom de cet ancien chef de la Police civile nationale (PNC) du Guatémala arrêté à Genève le 31 août dernier. La RTS a pu identifier le témoin mystère auditionné le 1 septembre 2012 par le procureur Yves Bertossa, en charge de l’affaire.

Français d’origine, René* aurait rencontré Erwin Sperisen, alors chef de la PNC au Guatémala, le 25 septembre 2006. Erwin Sperisen dirige alors l’assaut musclé contre le pénitencier de Pavòn où René purge une peine de 30 ans de réclusion (voir encadré). L’opération fait 7 morts, des exécutions sommaires, assurent plusieurs ONG dont Amnesty International et Trial.

Zones d’ombres

Selon la déposition de René devant la justice genevoise, Erwin Sperisen aurait abattu de sang-froid d’une balle dans la tête un détenu nommé « Choco Belas ». L’assassinat aurait eu lieu vers 16h.

Des zones d’ombres viennent relativiser ce témoignage. D’une part, un rapport d’autopsie officiel de la justice guatémaltèque que la RTS s’est procuré affirme que la mort de « Choco Belas » a été causée par des balles dans le thorax et l’abdomen, pas dans la tête. Des photos produites par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) semblent confirmer cette version. Enfin, l’opération policière n’aurait pas duré après 14h.

Plainte pénale

Sans attendre une confrontation avec le témoin René, les défenseurs d’Erwin Sperisen, Me Giorgio Campà et Me Florian Baier, ont décidé de contre-attaquer par la voie pénale. « Nous ne questionnons pas la crédibilité de ce témoin. Nous allons déposer plainte pour faux témoignage et malheureusement, nous sommes très préoccupés de voir que ce témoin a élu domicile auprès d’une des ONG dénonciatrice », explique Florian Baier.

Pour mémoire, les défenseurs d’Erwin Sperisen avaient demandé la récusation du magistrat Yves Bertossa, car jugé trop proche de l’association TRIAL qui a dénoncé à plusieurs reprises leur client devant la justice genevoise (voir Arrêté à Genève, l’ex-commandant de la police du Guatemala risposte). Ce mardi, la Chambre des recours les déboutaient. Ils en appellent désormais au Tribunal fédéral (voir Affaire Sperisen: rejet de la demande en récusation du procureur genevois Bertossa ).

Contacté par la RTS, TRIAL, par la voix de son directeur Philip Grant, ne commente pas ces développements, n’étant pas partie prenante à la procédure. Même silence du côté du magistrat, Yves Bertossa. Nicolas Gurtner, avocat de René, « n’entend pas entrer sur le fond. Ce débat doit se tenir devant la justice exclusivement ».

Selon nos informations, la justice genevoise devrait entendre sous peu d’autres témoins, guatémaltèques cette fois-ci. Des témoins qui pourraient affirmer qu’Erwin Sperisen, s’il n’a pas tiré lors de l’opération de Pavòn, en aurait donné l’ordre à ses troupes.

(c) RTS, 2011, Yves Steiner

* nom connu de la rédaction.

Un témoin mystérieux

Le parcours de René* au Guatemala est rocambolesque. Au milieu des années 1990, il est condamné à 30 ans de prison pour assassinat. Avec un comparse, il est reconnu coupable par un Tribunal guatémaltèque du meurtre de deux restaurateurs de la capitale. Le motif serait le vol d’une somme importante d’argent.

De nombreux éléments montrent toutefois que le procès se déroule dans des conditions troubles et que, malgré le manque de preuves, les deux hommes sont condamnés.

Un simulacre de procès qui fera l’objet de nombreux articles de presse, notamment en France. Des émissions de télévision, comme
Perdu de Vue (TF1) ou Zone Interdite (M6), ont traité du sujet.

Libéré il y a cinq ans, René a quitté le Guatemala pour la France où il réside désormais.

Contacté par la RTS, son avocat genevois, Me Nicolas Gurtner, insiste sur la préservation de l’anonymat de son client et de son lieu de résidence: « On ne peut pas exclure que la vie de mon client puisse être menacée ».

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