Affaire Sperisen: la mère d’une victime porte plainte

EXCLUSIF. L’ancien chef de la police nationale du Guatemala, Erwin Sperisen, écroué à Genève et soupçonné d’exécutions extrajudiciaires, est sous le coup d’une plainte pour assassinat déposée par la mère de l’une des victimes des forces de police dirigées par ce suisso-guatémaltèque, a appris la RTS. 

Le dossier d’Erwin Sperisen connaît un nouveau développement, annonce la RTS. Vendredi dernier, une femme dont l’identité demeure secrète pour des raisons de sécurité a déposé plainte pour assassinat contre l’ancien chef de la police du Guatemala, soupçonné d’exécutions extrajudiciaires lors de l’assaut de la prison de Pavón en 2006.

Cette femme a pu entamer ses démarches en Suisse grâce à l’aide de l’association TRIAL. Une organisation basée à Genève, fer de lance des dénonciateurs d’Erwin Sperisen et qui enquête sur ce dossier depuis maintenant près de cinq ans.

« Cette mère a beaucoup souffert de la perte de son fils, alors détenu à la prison de Pavón. C’est une femme âgée mais qui a pris son courage à deux mains et a décidé de réclamer justice. Maintenant elle s’inscrit dans la procédure comme partie plaignante. Elle va pouvoir faire valoir ses droits », explique Bénédict De Moerloose, avocat chez TRIAL et qui a rencontré cette femme sur place, au Guatemala.

Elle pourrait bientôt venir témoigner devant le procureur Yves Bertossa, en charge de l’instruction pénale dirigée contre Erwin Sperisen. Contacté par la RTS, les avocats du suisso-guatémaltèque soulignent combien « la constitution de cette personne comme partie plaignante montre l’importance prédominante du rôle joué par l’organisation TRIAL dans ce dossier malgré les dénégations du Procureur Yves Bertossa ».

Une demi-douzaine de témoins à Genève

Depuis ce lundi, d’autres témoins se succèdent au Parquet de Genève. Comme le révèle la RTS, il s’agit notamment de Christian Ulate Durán, un avocat et enquêteur de la CICIG, la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala instaurée par les Nations Unies fin 2006.

La CICIG a ouvert une enquête contre Erwin Sperisen et 18 autres responsables. Elle leur reproche d’avoir mis en place un système qui a mené à des meurtres et des exécutions extrajudiciaires. Parmi ces témoins venus à Genève, plusieurs bénéficient d’un programme spécial de protection de la CICIG.

Ancien détenu à la barre

Devant le procureur Yves Bertossa, ils sont venus expliquer le rôle qu’aurait tenu Erwin Sperisen lorsqu’il était le chef de la Police nationale du Guatemala entre juillet 2004 et mars 2007. En particulier lors de l’assaut de la prison de Pavón en 2006 qui a fait sept morts, tous assassinés selon TRIAL et Amnesty International.

Au rang des témoins entendus à Genève figurent notamment un ancien détenu de cette prison à l’époque des faits ainsi qu’un ex-haut-gradé qui a collaboré à l’établissement d’une liste de prisonniers à abattre au moment de l’opération de Pavón.

Jeudi après-midi, le Parquet de Genève a confirmé à la RTS avoir entendu plusieurs témoins cette semaine, mais à ce stade il ne souhaite pas faire plus de commentaire.

Pour mémoire, Erwin Sperisen avait été arrêté fin août à la sortie d’un supermarché de Genève. Le Parquet de Genève le soupçonne d’être impliqué dans plusieurs exécutions extrajudiciaires perpétrées alors qu’il dirigeait la police nationale du Guatemala.

Depuis 2007, plusieurs associations de défense des droits humains et des syndicats ont dénoncé pénalement Erwin Sperisen.

(avec Anne-Frédérique Widmann)

Guérilla procédurale

Depuis l’arrestation d’Erwin Sperisen, ses défenseurs, Florian Baier et Giorgio Campà, font feu de tout bois. D’abord sur la personne du procureur Yves Bertossa, un magistrat jugé trop proche de TRIAL, l’une des associations dénonciatrices. Le 17 janvier 2013, le Tribunal fédéral rejetait leur demande de récusation d’Yves Bertossa, non sans noter « qu’eu égard aux liens que le Procureur a pu avoir avec l’association précitée (TRIAL), ces circonstances lui imposent une prudence particulière. »

En détention préventive à la prison de Champ-Dollon, Erwin Sperisen réclame aussi sa libération immédiate. Après une décision négative de la Cour de Justice de Genève, ses avocats ont recouru au Tribunal fédéral où la décision est pendante. Enfin, Florian Baier et Giorgio Campà ont déposé plainte pénale pour faux témoignage contre l’un des témoins de l’accusation fin décembre. Un mois plus tard, le Procureur général Olivier Jornot décidait de suspendre l’instruction de cette plainte.

Voir le sujet du 19:30 de RTSun

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