La FINMA n’est pas un gentleman

OPINION. On va être poli, mais ça va être dur. Car la FINMA a joué un jeu curieux avec le soussigné. L’Autorité de surveillance a cru bon d’avertir des banques d’une enquête que nous menions. Pour le fair play, on repassera.

Tout commence le 26 septembre. A cette date, je contacte l’Autorité de surveillance dans le cadre d’une enquête sur les décisions de la FINMA à l’égard des banques qui ont hébergé l’argent du clan Ben Ali. Ayant eu accès à des décisions contre HSBC Private Bank, UBP et EFG, je me dois de faire réagir la FINMA. Bref, désire-t-elle commenter son travail sur ce dossier? En particulier, le fait que ces décisions sont confidentielles alors que ces banques ont, selon les limiers de la FINMA, «gravement» enfreint le droit de la surveillance. Une fois de plus, l’article 34 de la Loi sur la FINMA qui autorise pourtant à publier de telles décisions reste une vague disposition légale sans pratique réelle.

«La FINMA n’informe pas sur d’éventuelles enquêtes, procédures et décisions particulières». Voilà la réponse reçue le 27 septembre. Suivent trois semaines d’échange pour convaincre le gendarme des banques d’intervenir face caméra pour détailler sa pratique en termes généraux. D’autant que d’autres cas sont dans le pipeline, comme sur les fonds Moubarak, Kadhafi, Karimova, etc.

Peine perdue. Nous ne recevrons rien, nada, que dalle. «Nous avons décidé de renoncer à une interview télévisée à ce sujet, car nous ne donnons que rarement des interviews et ceci plutôt dans les cas d’une communication active de notre part», écrit la FINMA le 14 octobre.

Diantre, mon téléphone! 

La communication active de la FINMA, c’est ailleurs qu’il faut la chercher. Fin septembre, alors que nous échangeons de manière soutenue, elle avertit les banques de notre travail! Qui décide de le faire? Est-ce une pratique courante? Une politique voulue? Mystère.

Toujours est-il que HSBC Private Bank reçoit une communication indiquant l’existence de l’enquête, la nature du matériel récolté et le fait que le média est la RTS. Du côté de l’UBP, c’est le secrétaire général de la banque qui est averti, avant de transmettre à la com’ de la banque, histoire de se préparer aux questions des journalistes. Ce que feront HSBC et UBP, EFG restera muette. Le 20 octobre, le sujet est diffusé par le 19:30.

Légalement, la FINMA n’a rien fait de faux. Aucun texte ne l’oblige à se taire quand des journalistes enquêtent sur de telles décisions. Mais l’inverse est aussi vrai. La loi n’exige en rien que la FINMA prenne son téléphone pour avertir les banques si un journaliste gratte sur des décisions qui les concernent.

Voilà pour le juridisme, reste la pratique. Nous avons questionné la FINMA sur cette politique. Sa réponse est sans surprise: «Je vous remercie de votre demande. Mais la FINMA ne commente pas sa communication avec les instituts surveillés. Je demande votre compréhension», écrit un porte-parole.

Un principe aux orties 

Eh bien, non. Je ne comprends pas ce mutisme d’une institution de droit public dont les membres du Conseil d’administration sont nommés par le Conseil fédéral. Je ne comprends pas cette politique de communication de la FINMA qui a comme conséquence de laminer le rapport de confiance avec cette institution, surtout dans des affaires sensibles. Et surtout, je ne comprends pas le refus de donner des explications à des gens qui font leur métier en jouant le jeu.

Car enfin, il existe un accord implicite – un gentleman’s agreement – entre communicants et journalistes où les premiers ne vont pas répéter le contenu de votre travail à d’autres journalistes. Ou pire, aux acteurs au coeur de l’enquête. Ceci, la FINMA ne le saisit pas et préfère jeter ce principe aux orties.

Dans le cas présent, je vous laisser imaginer si un des établissements bancaires concernés avait organisé un contre-feu, comme par exemple solliciter un grand interview dans un autre média pour y glisser que la FINMA s’est «félicitée de la mise à niveau de sa compliance en matière de surveillance de personnes exposées politiquement». En termes de message, cela change d’un « oui, nous avons blanchi l’argent du clan Ben Ali».

Une chose est sûre, l’attitude actuelle de la FINMA à l’égard des journalistes en dit beaucoup sur son degré d’indépendance vis-à-vis des banques qui, faut-il le rappeler, sont ses principaux bailleurs de fonds.

On se dit encore qu’un homme doit se sentir rassuré à la lecture de ces lignes. C’est Christian Luscher, ainsi qu’une majorité de la Commission de l’économie du Conseil national. Il veut que la FINMA défende la réputation et la compétitivité de la place financière suisse. Jusqu’ici, et ce n’est pas nouveau, sa pratique en matière de communication dans les dossiers du Printemps arabe en est l’exemple même.

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