Qui payera la facture du cinéma Capitole?

2,6 millions de francs, non compris les frais de mutation et de notaire. C’est le prix payé par la ville de Lausanne pour racheter le cinéma Le Capitole. Un chiffre que la TSR a lu sur un procès-verbal de la Municipalité vaudoise du 7 juillet 2010. Un montant resté secret jusqu’ici, selon le vœu de la municipale en charge de la culture, la socialiste Silvia Zamora, et l’ancienne propriétaire des lieux, Lucienne Schnegg, figure connue des Lausannois et immortalisée dans un film de Jacqueline Veuve (La Petite Dame du Capitole). Agée de 85 ans, cette dernière en réclamait à l’origine 3,5 millions de francs.

Lire la suite

L’affaire Toulaev: un roman révolutionnaire

A la fin de l’année dernière, les éditions Zones (La Découverte) ont eu la très bonne idée de rééditer un roman de Victor Serge: L’affaire Toulaev (publié la première fois en 1948). De quoi s’agit-il? D’une fantastique plongée dans l’univers bureaucratique et mortifier de l’Union soviétique de Staline. Un régal.

L’intrigue commence ainsi. Dans la nuit moscovite, un haut membre du parti, le camarade Toulaev, se fait flinguer. Un meurtre en pleine rue, sans témoin, sans arme du crime et, le pire des scénarios pour ce régime du tout rationnel, sans motif. Mince alors! Comment expliquer qu’un apparatchik de première bourre puisse ainsi passer de vie à trépas sans raison et sans que personne ne revendique quoi que ce soit. Impensable pour le régime, et au premier rang pour son Chef. Et bien parfois la raison, on l’invente. Sans oublier aussi d’inventer des auteurs, même plusieurs. C’est mieux, ça fait complot et le Chef aime ça, le complot. Il y a donc des déviants de gauche – les trotskistes – ou du moins les rares éléments encore en vie, et à vrai dire, assez surveillés par la police politique. Des déviants de droite, aussi rares et surveillés que les premiers, sauf qu’au brave Léon, ils préféraient le souriant Nikolaï Boukharine. Et forcément, comme c’est la période des soldes, autant ajouter quelques vieux loups du système dont Staline se dit qu’il ne sert à rien de les garder en vie. Lire la suite

Samuel Corto: Cruelle noblesse de robe

Dans «Parquet flottant», l’ancien magistrat Samuel Corto livre une critique mordante de la justice française. Un régal.

Samuel Corto

La justice de France comme biotope. Là où réside une faune vêtue de robes, celles des juges, des procureurs et des avocats. Là aussi où s’aventure la clientèle de la noblesse de robe, qu’elle soit victime ou inculpée. Voilà l’écosystème que Samuel Corto visite, dans Parquet flottant, avec la clairvoyance d’un homme du sérail, d’un magistrat désormais retiré des affaires. Ironique, le propos faussement désabusé laisse peu à peu la place au questionnement sur la machinerie juridique française et ses dérives. De sorte que le rire devient vite jaune, une fois rappelée, pour l’exemple, la débâcle du procès d’Outreau. Fichtrement efficace.

Ah la province! Etienne Lanos, avocat de formation passé dans la magistrature, débarque dans les coulisses d’un tribunal de seconde zone comme substitut du procureur. Il y a les collègues (des gens gris), les séances (si rasantes), les pots de départ et d’arrivée (des parties de lèchebottes), et des audiences (jouées d’avance). Un univers pas très rigolard où la lutte contre le navrant conditionne la survie. Comment? En jouant, tel l’accusateur Lanos, du SMS en plein procès pour frayer avec l’avocate de la partie adverse autrement qu’à coups d’arguties juridiques. Ou en testant avec la rigueur d’un homme de loi les substances les plus fumeuses confisquées par la maréchaussée et entreposées dans les caves du Palais de Justice. Babylone, en somme.

Ces tranches de vie – écrites parfois au seul plaisir de l’auteur – procurent autant de moments à Etienne Lanos pour forger un réquisitoire contre l’institution judiciaire. Elle ne jugerait plus et préférerait jouer de la condamnation. Car seules les victimes comptent.

Relations incestueuses. En cause, la nécessité de «faire du chiffre» comme on dit côté politique. Mais pire, il y a ces relations incestueuses qui lient le siège – les juges – à ces autres hommes de robe, eux debout, que sont les procureurs et leurs substituts. Mêmes écoles, mêmes lieux de recrutement, même envie de grimper. «En collaborant ainsi activement à la politique pénale des parquets dont l’esprit répressif a enflé à mesure que des campagnes électorales sur le sentiment public d’insécurité, [le siège] a cessé d’être le lieu souverain d’appréciation des choix du ministère public et est devenu le facilitateur des poursuites, alors même que la logique d’Etat de celles-ci continue de lui échapper», disserte notre Lanos.

Retenu pour le prix de Flore (décerné le 5 novembre), ce premier roman de Samuel Corto dérange. Car au final, la justice qu’il décrit par son récit incisif ne cherche plus à saisir les raisons sociales, économiques, psychologiques, culturelles ou autres du passage à l’acte. De quoi concourir à un désastre judiciaire: «Une triste convention, nourrie de compromis empiriques, d’indifférence arbitraire et d’outils légaux inadaptés; le noyau organique de la justice ordinaire». Décomposé, le biotope ne sent plus vraiment bon.

A lire: Parquet flottant, de Samuel Corto (Denoël, 2009).

© L’Hebdo, 29.10.2009

Bassidji: A l’avant-garde d’une révolution

Bassidji

Salué au festival Visions du Réel, le film de l’Iranien Mehran Tamadon sur les miliciens bassidji sort sur les écrans romands. Saisissant.

En juin passé, après les élections présidentielles iraniennes qui ont reconduit au pouvoir l’un des leurs, Mahmoud Ahmadinejad, les bassidji, ces gardiens de la révolution, verrouillaient les rues de Téhéran et des villes du pays. Pour mater ceux qui contestaient – jusque dans le clergé – la victoire du président sortant. Le régime vacille (un peu), les bassidji montent au front.

Consacré à ces gardiens de l’islam chiite, le film de Mehran Tamadon, cinéaste et architecte iranien exilé depuis l’âge de 12 ans en France, tombe à point nommé. Un film qui se construit autour de l’expérience fondatrice des bassidji: le front de la guerre Iran-Irak. Un lieu où se cultivent la mémoire de leurs martyrs et la foi religieuse qui accompagne la peine des parents de ces hommes, morts pour la révolution.

Récits de combattants érigés en mythes, causeries propices à un prosélytisme religieux, mais dialogues aussi. Car Mehran Tamadon y met du sien. Et va au devant d’une altérité. Des hommes qui forment une «autre» partie de la société iranienne, celle que cet enfant de parents communistes n’a pas côtoyée. Symbole de ce qu’est l’Iran, un pays scindé en deux où les discussions entre bords sont rares, quand elles ne tournent pas à vide. Sur le front, les positions sont encore figées.

Parfois, le spectateur occidental a l’impression d’être mis à l’écart d’un propos d’abord dirigé vers les Iraniens eux-mêmes. Un sentiment qui ne doit pas servir d’alibi pour refuser d’entendre ces miliciens islamistes à visage découvert. Exigeant, ce film coproduit par les Suisses de Box Productions en fournit l’occasion.

En salle dès le 14 octobre. Projection en présence du réalisateur le 15 octobre à 18h, aux Galeries du Cinéma (Lausanne).

© L’Hebdo, 15.10.2009

Jusqu’au bout du sifflet

Les arbitres

Au Festival de Locarno, le documentaire «Les arbitres», tourné durant l’Eurofoot 2008, a offert une incroyable plongée dans un monde méconnu.

Howard Webb, Manuel Mejuto, Roberto Rosetti ou Peter Fröjdfledt, des inconnus vers lesquels pourtant les yeux de millions de spectateurs se sont tournés lors de l’Eurofoot 2008. Sans évoquer les millions de jurons qui ont volé des gradins au gré de leurs décisions. Ces hommes, avec leur lot de rires, de doutes et d’erreurs, le Belge Yves Hinant les a filmés lors de ce championnat de football européen coorganisé par l’Autriche et la Suisse. Projeté en première mondiale au Festival du film de Locarno, le documentaire Les arbitres a provoqué des olas depuis les fauteuils des salles obscures.

Ce que décrit ce film, c’est aussi la compétition que se livrent ces hommes en noir. La moindre erreur sur le terrain est certes décortiquée par des kyrielles de commentateurs et autant d’entraîneurs assis devant leurs télévisions. Mais ces fautes sont aussi analysées par les responsables de l’UEFA, organisatrice de l’Eurofoot. Tel le Suisse Yvan Cornu, chef de l’arbitrage du foot européen et initiateur du film. Avec comme résultat, pour ceux qui se plantent, le retour au foyer. A l’instar de l’Anglais Howard Webb, sergent de police de son état. Un hors-jeu oublié sur un but de la Pologne contre l’Autriche. Puis, lors des derniers instants du même match, un généreux penalty accordé aux Autrichiens; bref, de quoi engendrer le soupçon. Comme si l’Anglais avait voulu rattraper le coup. En vain.

Produit par Jean Libon (créateur, entre autres, de Strip-Tease sur RTBF et France 3), le film sera distribué en France et en Allemagne. La première française se déroulera le 15 septembre à Paris, avant qu’un DVD ne soit offert aux lecteurs de L’Equipe Mag, cette année encore.

© L’Hebdo, 20.08.2009

[Mise à jour du 17.10.2009: Les bandes annonces du film sont ici, ou encore par ici. Mieux encore, l’interview des réalisateurs dans Sofoot d’octobre, disponible en kiosque uniquement.]

Wall Street, K.-O. debout

traders02

Dans «Traders», Jean-Stéphane Bron propose une métaphore du monde de la finance à travers un tournoi de boxe entre employés de banque. Regards croisés de deux journalistes de L’Hebdo, l’un en rubrique culturelle (Antoine Duplan), l’autre en économie (Yves Steiner).

Antoine Duplan: Entre deux fictions, Jean-Stéphane Bron revient au documentaire avec l’intelligence et l’humour qui ont garanti le succès de Mais in Bundeshuus. Personne n’a abordé la crise sous un angle aussi original que celui de Traders. Une fois l’an, à New York, gestionnaires de comptes et gérants de fortune participent au Wall Street Boxing Charity Championship. Quelques durs à cuire de la profession tâtent du cuir sur le ring au profit d’une bonne œuvre. Les joutes de l’automne 2008 se posent en parfaite métaphore de l’industrie financière qui tape dans le vide, s’en prend plein les gencives et mord la poussière.

Ben Sadgrove, dit «Bonecrusher», Ken Cunningham, dit «The Carnivore», Kelly Vergamini, dite «Machine Gun», et les autres sont les soutiers de la machine économique. Sans états d’âme, ils vont au charbon pour que l’argent engendre l’argent. Ils sont l’équivalent des fonctionnaires qui, en s’acquittant de leur mandat assurent l’accomplissement du pire dans les dictatures.

En contrepoint des témoignages, le cinéaste lausannois filme des alignements de maisons condamnées. Il propose des extraits d’actualités où l’on voit les vrais rois du monde, comme le directeur de Lehman Brothers, s’enferrer dans les contradictions et l’amoralisme ? «Privatiser les gains et nationaliser les risques»… Sans insister, le documentariste oppose les 700 milliards de dollars que les banques demandent au Gouvernement américain aux 100 000 dollars que les traders-boxeurs espèrent récolter au profit des orphelins du Rwanda…

Les traders ont du punch, de l’allonge, l’œil du tigre («Je veux gagner ce match pour que ma compagnie soit fière de moi»), mais ils moulinent dans le vide, impuissants à expliquer la finance, ressassant d’amères pensées: «Peut-être que les Etats-Unis ne vont pas rester le centre du monde.» Combattants, arbitre, public, tout le monde est au tapis.

Yves Steiner: Jean-Stéphane Bron est un veinard. Assister en direct à l’effondrement de l’une des principales banques d’investissement de Wall Street, Lehman Brothers, bien des cinéastes auraient voulu en être. Car ce 16 septembre, du côté de Manhattan, c’est plus qu’un institut bancaire qui plongeait. C’est tout un modèle, celui de la finance globalisée de ces trente dernières années qui passait aux orties. Et avec, sa figure centrale: le trader. Ces ouvriers spécialisés des marchés financiers, voilà les héros du cinéaste lausannois. On écoute leurs mots guerriers. On sent leur univers, vraiment clos. On est stupéfait de leur allégresse à chaque transaction qui leur fait gagner quelques «centimes». Et on éprouve de la compassion face à ces accros du portable, impossible à lâcher, même le temps d’un entretien face à la caméra. L’aliénation a encore de beaux jours.

Mieux que d’épais manuels de finance ou les colonnes averties du Financial Times, Jean-Stéphane Bron raconte ce monde où le comportement grégaire tient de la norme. De petits moutons qui courattent ça et là pour brouter un carré d’herbe vert, sauf qu’ici il s’appelle profit. Ainsi prennent vie ces expressions si médiatiquement rabâchées comme «les marchés pensent», «la Bourse réagit» ou encore, «Wall Street a la gueule de bois».

Mais si ces mots prennent corps, ils n’en prennent pas sens pour autant. Bémol donc, du moins pour l’économiste. Parce que nos ouvriers spécialisés, aussi apprentis boxeurs, ressassent à tour de rôle un même discours dont l’aveu final est de ne rien savoir… Sur la finance. Certains verront ici la touche d’ironie du cinéaste. D’autres songeront qu’à force d’écouter naïvement ces dominés, on oublie que, plus haut dans les étages, se trouvent ceux qui organisent ces «marchés». Souvent avec l’aide de ceux qui logent à la Maison-Blanche ou au Capitole. L’économie reste politique.

© L’Hebdo, 23.04.2009

Jean Ziegler et la logique des blocs grotesques

jean_ziegler_image-1.1210960961

Le remuant Genevois publie un nouvel ouvrage. Sa capacité d’indignation ensorcelle, son analyse des rapports Sud-Nord un peu moins.

A lire Jean Ziegler, le monde se divise en deux: les peuples du Sud – souvent beaux, humains, dignes… – et l’Occident. Les premiers abhorrent les seconds. Mais d’où provient cette «passion irréductible» (page 14)? D’une mémoire forgée par les douleurs de la traite des esclaves, les affres de la colonisation et, plus récemment déjà, par le double discours de l’Occident sur les droits humains. Résultat, cette hargne vis-à-vis de l’Occident pousse certains à atterrir dans le premier gratte-ciel à portée de radar ou, exercice plus pacifique, à paralyser les Nations Unies. Au point où les élites du Sud les plus éclairées refusent, par défiance à l’égard des Occidentaux, la condamnation de n’importe quel pays de l’hémisphère austral par le système onusien. A l’image du Soudan devant le Conseil des droits de l’homme dans lequel Jean Ziegler office comme expert depuis mars 2008.

Laissons ici l’usage du terme «Occident» chez Jean Ziegler – tellement en vogue ces jours-ci, même chez Nicolas Sarkozy – un véritable portemanteau sur lequel le fougueux Genevois accroche à peu près tout: multinationales, oligarchies financières, descendants oustachis en Amérique du Sud, CIA… Car, au fond, le souci premier de notre compatriote, ce sont ses propres exemples, soit le Nigeria et la Bolivie. Des cas qui, certes, appuient une partie de sa thèse, mais auraient dû surtout le conduire à la nuancer. Et, qui sait, éviter ainsi de fantasmer sur la formation de blocs homogènes des deux côtés de l’équateur.

Coupé en deux. Le Nigeria d’abord. La corruption, voilà une façon bien pratique de contrôler les ressources en hydrocarbures du pays par des firmes occidentales (et aussi chinoises…). Oui, mais elle instaure aussi une communauté d’intérêts entre corrompus et corrupteurs («La junte tient les pétroliers, comme les pétroliers tiennent la junte», page 164). Pas sûr donc que les militaires au pouvoir ont tant que ça la haine de l’Occident et de ses places financières…

Pétrole toujours, mais en Bolivie maintenant. Comment Evo Morales a-t-il «subtilement» nationalisé l’industrie des hydrocarbures sans (trop) provoquer le courroux des pétroliers occidentaux (et aussi brésiliens…)? Notamment grâce à l’aide d’experts norvégiens (page 232). A nouveau, il semble qu’à mesure que les exemples de terrain s’égrènent, les blocs se défont et, avec eux, la dichotomie de l’univers zieglérien. Il fut un temps, Walt Disney dessinait aussi un monde coupé en deux, avec des gentils et des méchants. Jean Ziegler ne s’aventure pas si loin et concède qu’il y aussi des chefs d’Etat illégitimes et peu recommandables dans quelques pays du Sud (une question qui mérite un livre en soi, écrit-il en page 137). D’ailleurs, où donc les militants de la société civile de ces pays-là cherchent-ils de l’aide, histoire de desserrer l’étau qui broie leurs libertés? Où donc ces hommes et ces femmes, défenseurs des droits humains en Algérie, en Tunisie ou au Zimbabwe par exemple, regardent-ils? Partout bien sûr, jusqu’en Occident. Mais cet Occident-là, solidaire, Jean Ziegler n’en parle pas.

A lire: La haine de l’Occident. De Jean Ziegler. Albin Michel, 2008.

© L’Hebdo, 09.10.2008.

Du sang et des larmes, du foot et de la politique

Qualifié à la Coupe du Monde 2006, le Togo a sombré trop vite. Un documentaire raconte cet espoir trahi.

Ce 23 juin 2006, le Togo pleure. Dans un stade allemand à 5000 kilomètres de là, le Coq français brise les ailes des Eperviers, le onze togolais. La Coupe du Monde s’arrête net pour la bande à Emmanuel Adebayor, star togolaise et avant-centre des Londoniens d’Arsenal. Les tricoteurs africains rentreront sur leur terre avec trois matchs et autant de défaites. Pire, la Fédération togolaise de football et son équipe sont, depuis un mois, la risée des médias. Des primes de match envolées, des joueurs en grève avant la compétition et un entraîneur qui démissionne un jour, pour coacher l’équipe le lendemain. De Lomé à Sokodé, la honte s’ajoute aux larmes.

C’est cette tragédie que raconte le beau film de Pierre Morath et Nicholas Peart, tourné dans les rues de sable d’Adakpamé, un quartier pauvre de la capitale Lomé. On y croise les supporters en jaune et vert en pleines palabres. Antoine, jeune universitaire au chômage, trône là. Cette qualification incroyable du Togo à la Coupe du Monde, c’est la preuve qu’il faut y croire, que son pays n’est pas au fond du trou. Avec ceux qui se réunissent dans la salle de projection payante montée par Eloi − si sûr de faire une bonne affaire en cas de victoire des Eperviers −, l’espoir s’écroule vite. A mesure que les défaites s’enchaînent.

Même les apprentis ensorceleurs déchantent. Dans son patio, Olivier mélange en vain sang, plumes et coquillages. Avant la France, contre la Corée et la Suisse, les oracles n’ont pas aidé les Eperviers. Et, comme dans toute histoire africaine, la politique s’en mêle. Le chef de la Fédération nationale, frère du président Gnassingbé et fils de l’ancien homme fort du pays Eyadema, se remplit les poches avec les primes des joueurs, soupçonne le journaliste sportif Blaiso. Il n’est pas le seul à le croire, à l’instar de tous les Togolais dont le cœur s’était rempli d’espoir cet été-là. Les yeux gonflés, Antoine et Eloi se sentent trahis. Avec raison.

Togo. De Pierre Morath et Nicholas Peart. Suisse, 1 h 18. http://www.togo-lefilm.com

© L’Hebdo, 24.04.2008

Greis, rap de patriote

Greis-Song-feiert-Premiere-auf-DRS-Virus

Greis, le rappeur d’outre-Sarine, aime le français. Au point d’écrire et de scander dans cette langue. Ici, pas l’ombre d’une strophe balancée avec l’accent charmant de l’Entlebuch. Histoire de faire 100% suisse et de ratisser large quand vient la saison des aides à la promotion artistique. Sur son second album, le monsieur Greis grave ses lyrics en allemand et en français, version moitié-moitié. Quinze morceaux de chaque côté, avec des pistes qui partagent un même fond sonore, très en phase avec la production d’outre-Sarine. Et si, au final, le tout colle plutôt bien, c’est que le rappeur a un truc. Des origines lausannoises, une installation à Berne à l’âge de 3 ans et, surtout, une solide envie de pouvoir jouer sur scène en français en Suisse romande, comme il le fait, depuis bientôt dix ans, aux quatre coins de la partie alémanique du pays.

La scène justement, Greis aime. Bourré d’énergie, le MC dansant s’amuse à planquer son propre trac en chambrant, goguenard, ceux qui sont venus le voir exécuter son set. Un exercice qui se fait, par chance, sans l’habituelle cohorte de compères à casquette hurlant sur les refrains, les couplets ou entre les morceaux. Seuls DJ et batteur côtoient le rappeur de Berne. Parfois, le texte français s’oublie et le Schweizerdeutsch revient au galop, à moins que ce ne soient deux mots de chewing-gum qui fusent illico pour combler le vide. En démonstration au Romandie, à Lausanne, Greis rigole de ses bourdes. Quant au public, il pardonne sagement l’agression bernoise en terres vaudoises.

A la ville, Grégoire Vuilleumier aime aussi la politique. Altermondialiste critique de l’altermondialisme («Un mouvement où les jeunes veulent consommer de la révolution, là tout de suite, sans réfléchir.»), le rappeur s’enflamme pour sa patrie. Greis refuse ainsi de laisser à la droite, d’abord l’UDC, le monopole des symboles nationaux. La réappropriation s’impose, dans son cas par le texte. Tel ce paysan Ferdinand, bûcheron à ses heures perdues, qui traverse l’album du rappeur patriote. A la première rencontre, planté dans le décor des années 1930, l’homme à la faucille parle de socialisation des moyens de production. Plus tard, Ferdinand file combattre auprès des Brigades internationales, Guerre d’Espagne oblige. Ce n’est pas toujours très poétique, mais, au moins, Greis évite, lui, d’appeler à sodomiser Christoph Blocher pour vendre ses disques. «La patrie, ce n’est pas un truc de droite. La gauche doit en être fier, s’en servir politiquement et lui donner un autre sens», professe le militant, diplômé en sciences politiques. Greis en donne l’exemple dans ses paroles, mais aussi dans les colonnes de la Wochenzeitung ou lorsqu’il débat à la télévision, par exemple contre Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, hebdomadaire si aligné sur les positions de l’UDC. D’une scène à l’autre, Greis aime souvent franchir le pas.

A écouter, à voir: Fribourg, Fri-son, ve 22, 22 h .«2». Chlyklass Records, 2007.

© L’Hebdo, 14.02.2008

«We feed the World»: Quand le marché a mauvais goût

h_4_ill_899000_wefeed-world-bis

Dans « We feed the World», l’autrichien Erwin Wagenhofer livre un film sur l’industrialisation de l’alimentation et ses effets pervers. A consommer sans modération.

En 1976, Claude Zidi filmait Coluche et Louis de Funès empêtrés dans l’usine de Jacques Tricatel, magnat adipeux d’une industrie alimentaire automatisée presque inhumaine. On pouvait rire. Aujourd’hui, Erwin Wagenhofer filme les tentacules d’une industrie alimentaire devenue à peine plus caricaturale que Tricatel. Une industrie qui gaspille, surexploite et, forcément, fait de gros bénéfices. Tout cela, contre le goût et la diversité. Les empêtrés de service sont les consommateurs occidentaux, alors que dans les pays du Sud, la pénurie menace des milliers d’âmes. Une sorte de cauchemar alimentaire.

Tout débute à Vienne, ville où vit le cinéaste autrichien Erwin Wagenhofer. Sous l’œil de sa caméra, le gaspillage du pain. Par jour, les invendus de la capitale autrichienne suffiraient à nourrir la deuxième ville du pays, Graz et ses 250 000 habitants. A l’échelle du pays, ce sont plus de 2000 tonnes de pain par an qui ne trouvent pas preneur et terminent à la poubelle. Normal, le blé se vend pour presque rien de nos jours. Et le faible coût des invendus est largement couvert par les recettes de ce qui a été vendu sur les étals des supermarchés. Economiquement, tout roule.

Vienne, Almeria, Dakar. Ce qui roule aussi jusqu’à Vienne, ce sont ces tomates bien rouges livrées par camion d’Almeria en Espagne, à 2600 kilomètres de là. Un jour de voyage pour un coût de transport risible, tout juste 1% du prix de vente d’une tomate. Un prix d’ailleurs si bas qu’il décourage tout producteur d’Autriche et d’ailleurs de se lancer dans le business de ce fruit charnu. En plus, la tomate espagnole arrive en toute saison. Là-bas, au sud de la péninsule Ibérique, ces fruits y poussent hors sol, sous d’immenses serres couvrant une surface non moins immense de près de 25 000 hectares à l’est de la ville. Et la main-d’œuvre y est bon marché et corvéable à merci, tant les travailleurs migrants y affluent, légalement ou non.

Des travailleurs migrants qui viennent d’abord d’Afrique. Là où une partie de ces fruits et légumes filent. Ainsi, sur le marché de Dakar, le tiers des marchandises arrive d’Almeria ou d’autres sites de production agricole intensive, tous situés au Nord. Forcément, sur les marchés africains, la concurrence fait mal, tue les emplois et pousse les travailleurs agricoles à migrer vers le Nord. Vers Almeria aussi.

Ziegler vs Brabeck. Au détriment de nos papilles, tout y passe avec Erwin Wagenhofer. Légumes, fruits, pains, poissons ou viandes, l’Autrichien filme tous les rayons de nos supermarchés. Avec une conviction: montrer les liens entre une consommation pléthorique au Nord et les insuffisances alimentaires qui pointent dans les pays du Sud. Comme avec le poulet made in Austria, engraissé en batterie à coups de soja. Cette céréale massivement importée d’Amérique du Sud, surtout du Brésil là où l’on rase la forêt amazonienne pour la cultiver, dans des régions où la population souffre de sous-alimentation chronique.

Sur pellicule, Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, rythme de ses envolées les exemples filmés par Erwin Wagenhofer. Brandissant un stylo ou une paire de lunettes, le sociologue genevois dénonce cette industrie qui produit de quoi nourrir 12 milliards d’individus, mais laisse mourir de faim des millions d’autres. Mais le cinéaste n’interroge pas que les convaincus. Ses rencontres avec ceux qui font l’industrie alimentaire, les Jacques Tricatel d’aujourd’hui, sont souvent bien instructives. Héraut de la logique marchande, l’autrichien Peter Brabeck, CEO de Nestlé, rêve dans ses locaux de Vevey d’une chaine de production alimentaire sans être humain. Ailleurs, en Roumanie, Karl Otrok, chef régional de Pioneer, un des plus gros céréaliers du monde, hausse les épaules quand il parle pour dire qu’après avoir «bousillé» (sic) l’Ouest, l’industrie alimentaire «bousille» les pays de l’Est. La faute aux consommateurs, souffle-t-il.

A voir: «We feed the World», de Erwin Wagenhofer, 1 h 36. Genève (Les Scala) et Lausanne (Galeries). Ou en DVD.

© L’Hebdo, 26.04.2007

[Mise à jour du 14.11.2007: Pour prolonger, un livre sur ce documentaire a été publié par Erwin Wagenhofer.]

Oxmo Puccino: Un gros bras qui se fait des films

LipopetteUtiliser des mots, pas des gros mots. Forcément, c’est un peu atypique pour un rappeur. Surtout ces temps-ci où beugler une ode à la taille de ses attributs génitaux au bord d’une piscine est assez vendeur. Oxmo Puccino n’a jamais mangé de ce pain-là et se fout d’un rap français kidnappé par de mauvaises chansons. Dans ses textes, l’homme, un brin goguenard, feint la nonchalance et conte de petites histoires de gangsters et autres desperados pas si méchants que cela. Par touches, il y distille aussi des vérités toujours bonnes à entendre («Lorsque les gens disent que ton destin s’écrit quand t’es petit, ils oublient de dire que le stylo est l’coin où t’as grandi»). Tout cela comme s’il écrivait un film.

Abdoulaye Diarra est né en 1974 près des rives du fleuve Niger, sous les balanzans de la belle ville de Ségou, au Mali. Cinq ans plus tard, sa famille s’installe à Paris, dans le quartier du Danube, sis en plein XIXe. Pendant que Jacques Chirac règne sur la capitale et ses HLM, Abdoulaye Diarra passe son bac. Sur les ondes de Radio Nova, le rap débarque en France. La culture hip-hop aussi. Comme d’autres, le jeune Abdoulaye s’affuble d’un nouveau nom – Bore – et se passionne pour la peinture sur métro. La RATP n’apprécie guère, la maréchaussée non plus. Pincé, Bore laisse place à Oxmo Puccino et troque son spray pour le micro, les quais pour la scène.

Ses premiers pas, Ox’ les fait avec Timb Bomb, un collectif parisien où il croise Booba, future petite frappe survendue du rap de France. Mais l’émancipation guette. La rencontre avec DJ Kheops, artisan musical des Marseillais d’IAM, se solde par un titre, Mama Lova, enregistré en 1997. Paumé sur une compilation, le morceau ne passe pas inaperçu. De quoi susciter l’intérêt d’EMI et l’attente du public. Une année plus tard, Opéra Puccino sonne juste. Honoré d’un disque d’or, l’album contient une perle, L’enfant seul, heureusement toujours joué en concert. Suit le doute avec un deuxième album (L’amour est mort, 2001) que seule une poignée de convaincus achète, avant que les actions du Malien ne repartent à la hausse avec son Cactus de Sibérie en 2004.

Son contrat chez EMI à terme, c’est Blue Note, label chargé d’histoire, qui prend langue avec le conteur Puccino. L’idée est simple, quoique pas très neuve. Allier les mots du rappeur à un combo jazz. Par bonheur, le MC n’est pas là pour mettre en valeur telle ou telle vieille gloire de la note bleue. Ici, le fil rouge est une histoire noire, remplie de truands et enfermée dans l’ambiance pesante d’un tripot malfaisant, le Lipopette Bar. De sa porte, l’œil torve du videur Ox’ observe, puis raconte ce monde de brutes avec au centre une belle diva, Billie, qui lorsqu’elle chante arrête la pluie. Comme au cinéma.

A écouter: Oxmo Puccino, Lipopette Bar, Blue Note, 2006, ou en live au Cully Jazz Festival, samedi 31 mars, dès 20 h 30.

© L’Hebdo, 22.03.2007

Keny Arkana, guerillera de la rime

6a00e008cd0b27883400e553bacf628833-800wiA 23 ans, la Marseillaise brûle les scènes de France. Son tube «La rage» alimente l’incendie. Yves Steiner a rencontré cette combattante sonore des banlieues et de l’altermondialisme.

Sur scène, la jeune Keny Arkana scande les slogans de l’altermondialisme. Son look n’est pas celui d’une Diam’s. Ici, pas de chichis clinquants. Elle préfère lever le poing gauche et déclarer sa fureur anticapitaliste. Au parterre, sa fougue joyeuse fait valser les demi-caïds du hip-hop biberonnés au 50 Cent et autres Snoop Dogg. Difficile de la faire descendre de scène. Normal, elle est là «pour ceux d’en bas: s’ils restent, je reste». Hors micro, la rappeuse bouillonne encore de l’intérieur. L’énergie dégagée est brute et rageuse. Une énergie qui vient des tréfonds, des plaies d’une enfant de la République.

C’est que Keny Arkana a l’âme brûlée. Fuyant l’éducation nationale à 13 ans, elle fait école dans les foyers de Marseille. Elle y découvre une France qui se protège contre ses enfants à coups de camisoles de force et de neuroleptiques. La fugue s’impose et tant pis si la police la ramène à la case départ. Le petit jeu entre elle et la maréchaussée s’instaure. A mesure, la boule au fond du ventre grandit. Conclusion: «J’ai grandi dans les mains du système, je ne veux plus y retourner. Jamais.»

1995. La haine est en haut de l’affiche. Le rap s’installe sur les radios et à la télévision. Depuis longtemps, c’est l’arrière-fond sonore de la jeunesse des quartiers. La Marseillaise tend l’oreille du côté du Paris, dommage pour IAM. La hargne de NTM et les lyrics intransigeants d’Assassin la sauvent. «Ils disaient vrai. L’Etat assassine: j’en ai vu des Malek Oussekine dans les foyers, sauf qu’ils crèvent moins vite.» L’écriture vient naturellement, le flow avec de l’entraînement. D’abord au foyer, ensuite dans la rue et enfin sur les scènes. Au total dix années de rap au compteur.

Résister. Dans le texte, son adolescence d’enfant perdue est omniprésente. Mais il y a aussi les luttes sociales d’ici et d’ailleurs. Toutes les causes y passent: environnement, FMI, OGM, privatisations… Comment en est-elle arrivée là? «Facile, je suis d’origine argentine. Chaque fois que je voyais un Argentin, je voulais l’embrasser. C’est trop con, mais ce pays me faisait rêver.» A Marseille, elle enchaîne les réunions où l’on parle de son pays. A cette époque, «Menem vendait aux Yankees ce qui était au peuple». Elle s’instruit alors à l’ombre des prêches antilibéraux et imagine rejoindre son pays, là où on lutte.

Le rêve se réalise en 2002. Elle file au nord de l’Argentine, vers sa ville d’origine de Salta, une des régions les plus pauvres du pays. Elle y voit l’expropriation des terres, l’exode rural et les paysans qui s’entassent dans les bidonvilles. Tout cela, elle le raconte dans Victoria, un titre sur lequel elle a invité Claudio Gonzales, un chanteur des rues qu’elle a croisé sur place. Mais plus que l’Argentine, c’est l’Amérique du Sud qui la subjugue. «Il y a là-bas des résistances positives qui doivent nous inspirer pour les banlieues.» Celle qui est allée rendre visite au sous-commandant Marcos dans le Chiapas croit à «la guérilla zapatiste, à l’insurrection du peuple». Tout comme elle croit aux usines autogérées par les ouvriers. Idéalisme? «Non. Cela a marché en Argentine, le gouvernement a reculé. Si les usines sont vides, il faut les prendre. En France aussi.» A bon entendeur.

Keny Arkana veut conquérir les coeurs sur scène, pas avec les médias. Elle a interdit à sa maison de disques de faire la promo de son album sur Skyrock, la principale radio hip-hop de France. Pour faire passer son message, la Marseillaise a produit un documentaire. Elle y a compilé des témoignages glanés dans les forums sociaux de Porto Alegre et de Bamako. Même si elle sait que «dans ces forums, ce sont les petits-bourgeois du Nord qui ont souvent la parole, c’est aussi avec tous ceux qui luttent que réside la solution». C’est ce qu’elle veut faire entendre aux jeunes des quartiers et peut-être, ajoute-t-elle en rigolant, «qu’ils achèteront moins de Nike à l’avenir… je vais devenir une amie de leurs parents!».

Pour 2007, Keny Arkana a un gros rêve – en bonne voie, assure-t-elle -, monter une tournée de forums sociaux en France. Discussions la journée, concerts hip-hop le soir. Pour y parler présidentielles? «Peut-être. De toute façon, Sarko et Royal sont là pour appliquer le néolibéralisme, et comme on a promis de nettoyer l’Elysée au Kärcher, c’est aussi bon pour les prochains locataires.» |

Entre ciment et belle étoile. De Keny Arkana. Because Music, 2006.

© L’Hebdo, 30.11.2006

De la servitude volontaire en Tunisie

9782707149244

Béatrice Hibou décortique les fondements de l’autoritarisme tunisien. Une mise à nu du système Ben Ali.

Pour durer, un régime totalitaire ne peut compter sur la seule contrainte. L’organisation du consentement est décisive. Dans cet ouvrage, Béatrice Hibou, chercheuse au CERI (Sciences Po Paris), reprend cette piste laissée notamment par Hannah Arendt et dissèque la matrice de la domination politique en Tunisie. Plutôt que de compter les coups de sabre donnés aux libertés dans ce pays – la liberté d’expression en tête -, la chercheuse se concentre sur les ressorts de l’adhésion forcée des Tunisiens à l’autorité du président Ben Ali.

L’argent d’abord. Loin du «miracle économique» tant vanté, la Tunisie est surtout une économie du surendettement, des individus comme des entreprises. Cette situation les mène à lutter pour accéder aux moyens de leur survie, une situation dans laquelle la bienséance à l’égard du régime est synonyme de passe-droits. Mais les Tunisiens ne sont pas seulement ficelés par les cordons dorés de la bourse de l’Etat, ils le sont aussi par une société civile de façade où plus de 8000 associations liées au pouvoir quadrillent l’espace public. Dès lors, la poignée d’organisations indépendantes contestant l’emprise du pouvoir pèse bien peu face à la pléthore des limiers civils du pouvoir louant la magnanimité du Zaïm Ben Ali.

Neuf années auront été nécessaires pour réaliser cet ouvrage passionnant et courageux. Surveillée, intimidée et victime du braquage de son ordinateur (à Paris aussi), Béatrice Hibou montre du même coup qu’étudier la Tunisie est un sport de combat.

A lire: La force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie. De Béatrice Hibou. Editions La Découverte, 2006.

© L’Hebdo, 16.11.2006