Un consul honoraire de France sous enquête en Suisse

EXCLUSIF. La société vaudoise W & V SA, dont le président n’est autre que le Consul honoraire de France en Valais, est sous enquête pénale. Elle n’a pas respecté l’astérisque qui protège les consommateurs du démarchage téléphonique. Une intrigue qui passe aussi par Tunis.  Lire la suite

Affaire Sperisen: la mère d’une victime porte plainte

EXCLUSIF. L’ancien chef de la police nationale du Guatemala, Erwin Sperisen, écroué à Genève et soupçonné d’exécutions extrajudiciaires, est sous le coup d’une plainte pour assassinat déposée par la mère de l’une des victimes des forces de police dirigées par ce suisso-guatémaltèque, a appris la RTS.  Lire la suite

Berne bloque des centaines de millions d’origine ouzbèke

EXCLUSIF. Le Ministère public de la Confédération enquête sur une vaste affaire de blanchiment d’argent et de corruption en lien avec des fonds ouzbeks. Selon la RTS, des centaines de millions de francs ont déjà été bloqués dans plusieurs banques suisses depuis début août. Au centre de l’affaire, des personnes proches de la famille du président Islam Karimov. Lire la suite

Sperisen: demande de récusation du procureur Bertossa

EXCLUSIF. Les avocats de l’ex-chef de la police civile guatémaltèque, Erwin Sperisen, réclament la récusation du procureur en charge du dossier, Yves Bertossa. En cause, ses liens passés avec l’association TRIAL qui a déposé deux dénonciations en 2008 et 2009 contre leur client. Demain aprs-midi, le Tribunal des mesures de contraintes dira si Erwin Sperisen, soupçonné d’exécutions extrajudiciaires dans son pays, doit être maintenu en détention.

Lire la suite

Ridha Kéfi: «Les Tunisiens sentent que les Suisses protègent les intérêts de leurs banques»

Ecrivain et journaliste, Ridha Kéfi a fondé et dirige encore la publication en ligne kapitalis.com, un site francophone très lu dans le milieu des affaires en Tunisie. Cet ex-correspondant de Jeune Afrique en Tunisie est devenu, voici quelques mois, membre de l’INIRIC, l’instance nationale indépendante de la réforme de l’information et de la communication. A Tunis, il revient sur les questions qui entourent la restitution des fonds Ben Ali placés à l’étranger, en particulier en Suisse. Lire la suite

Avoirs tunisiens en Suisse: une affaire de listes

OPINION. Depuis le 19 janvier 2011, date du blocage des avoirs du clan Ben Ali en Suisse, les autorités suisses et tunisiennes ont un gros problème: identifier, justement, les membres du clan et par extension, toute personne ayant trempé dans des histoires louches en Tunisie du temps de Ben Ali avant de planquer son fric ainsi gagné hors du pays, en Suisse ou au Canada par exemple. Lire la suite

Ghazi Mellouli: «Je suis curieux de savoir aujourd’hui, pourquoi les opérateurs européens en l’occurrence n’ont pas dénoncé de telles pratiques en Tunisie»

L’homme a un parcours incroyable. Victime d’une tentative d’assassinat en 2009, Ghazi Mellouli, 46 ans, a bien connu les pratiques du clan du président Ben Ali. Et pour cause, il a été le protégé du frère du président déchu, Moncef Ben Ali, jusqu’à la mort de ce dernier en 1996. Pour mémoire, Moncef Ben Ali, a un lourd passé. En France, il a été condamné pour blanchiment d’argent lors du procès de la «Couscous Connection» en 1992. Lire la suite

Le Tribunal fédéral à la peine

Dans sa dernière livraison, le magazine Plaidoyer (payant) livre plusieurs informations intéressantes sur le fonctionnement du Tribunal fédéral (TF). Tout d’abord, constate la revue juridique, la Cour européenne des Droits de l’Homme, sise à Strasbourg, a admis que la plus haute instance juridique suisse avait violé, en 2009, plusieurs fois la Convention européenne des Droits de l’Homme. Pour être précis, dans cinq cas sur sept quant au fond soumis à la Cour européenne. Le rapport de gestion du TF explique cela pour deux raisons au moins. D’une part, «les cours [du TF] arrivent à maîtriser le volume des affaires en statuant dans un délai raisonnable, mais parfois au détriment de l’examen approfondi qui serait nécessaire». Résultat, Strasbourg retoque Lausanne. D’autre part, avoue encore ce même rapport de gestion, il semble que le politique vient parfois mettre son grain de sable dans des décisions de droit. En effet, comme l’écrit Plaidoyer, «les juges fédéraux ont décidé fin 2009 de composer les cours de manière à ce que jamais des juges du même parti politique ne puissent disposer d’une majorité absolue». Une phrase qui rassure sur l’impartialité de la justice helvétique jusqu’au milieu des années 1960, une époque où l’écrasante majorité des juges fédéraux cotisaient au parti radical.

Radhia Nasraoui: «Le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger»

Le 25 octobre prochain, les Tunisiens rééliront Zine el-Abidine Ben Ali pour un cinquième mandat à la tête du pays. Une triste farce, dénonce l’avocat et militante des droits humains Radhia Nasraoui.

Fin septembre, l’avocate tunisienne et militante des droits humains Radhia Nasraoui était de passage à Genève. Le temps d’évoquer avec elle la situation politique de son pays, à la veille des présidentielles qui se dérouleront le dimanche 25 octobre. Agé de 73 ans, le président sortant, Zine el-Abidine Ben Ali se présente pour un cinquième mandat à la tête de l’Etat tunisien. Sans opposition véritable, le successeur de Habib Bourguiba sera reconduit dans ses fonctions qu’il occupe depuis 22 ans et ce, malgré les critiques régulières des organisations de défense des droits humains. Avant de partir de Tunis, Radhia Nasraoui avait été maltraitée par la police de l’aéroport. Ce qui n’a rien d’une première pour la présidente de l’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT). Mardi 20 octobre, alors qu’elle devrait se rendre au Parlement européen, les autorités tunisiennes interdisaient à Radhia Nasraoui de sortir du territoire national.

Quelle est la teneur de la campagne?

C’est la terreur! Le pouvoir veut faire taire toute voix discordante. Au titre d’une Constitution rédigée sur mesure, la présidence a fait écarter, fin septembre, des personnalités respectées comme le docteur Mustapha Ben Jaafar, fondateur du Forum démocratique pour le travail et les libertés. L’opposition légale, tolérée par le régime, est encadrée par la police. Les candidats qui ont obtenu la permission de se présenter font de la figuration. On ne leur laisse aucun espace. Dans les rues, les affiches avec le visage de Ben Ali sont partout. C’est surréaliste.

Qu’en est-il des organisations de la société civile?

Ces rares organisations sont aussi très contrôlées. Quand le pouvoir ne prend pas la décision de les déclarer illégales… La Ligue tunisienne des droits de l’homme reste, par exemple, entravée dans ses réunions par des policiers qui surveillent son local à Tunis. Jour et nuit. Nous ne pouvons donc pas nous exprimer, ni nous réunir. Pire, ces jours-ci, à mesure que les élections approchent, le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger. Je suis sûr que, en rentrant à Tunis, je me ferai agresser par la police comme lors de mon départ.

Quelle est le message de cette société civile?

Beaucoup, dont mon organisation, appellent au boycott des élections. Pourquoi participer à une telle farce?

Mais, la société civile n’est pas si soudée…

Une partie de celle-ci est directement dans les mains du régime. Chaque jour, une des ces organisations déclare publiquement son soutien à Ben Ali. Dans les secteurs qui ne sont pas alimentés par le pouvoir, certains – dont des islamistes – se rapprochent peut-être de Carthage [là où se situe le Palais présidentiel, ndlr]. C’est que, dans l’entourage du président, comme son gendre Sakhr el-Materi, on veut récupérer l’Islam. Au travers du groupe d’affaire de son gendre qui possède des journaux, une radio et bientôt une chaîne de télivision, le pouvoir tunisien cherche tactiquement à se rapprocher des islamistes les plus durs. Il y a des signes qui ne trompent pas. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes portent le voile. Et de plus en plus de gens se réunissent désormais dans les mosquées. C’est le dernier endroit où le pouvoir tolère des rassemblements…

© L’Hebdo, 22.10.2009

[Mise à jour du 23 octobre 2009: A écouter le témoignage de Florence Beaugé, journaliste au Monde, sur son refoulement à l’aéroport de Tunis-Carthage. Selon elle, le pouvoir tunisien n’a pas apprécié un article écrit il y a peu sur l’avocate Radhia Nasraoui et son mari, le militant communiste Hamma Hammami.]

Fuir la dictature chilienne

Dès 1973, la Suisse accueille des réfugiés du Chili. Illégalement aussi.

Le 11 septembre 1973, le gouvernement socialiste de Salvador Allende est renversé par le général Pinochet. En Suisse, partis de gauche, Eglises, médias et une grande partie de l’opinion s’inquiètent de la répression qui s’abat sur place. Pressé d’agir, et après moult atermoiements, le Conseil fédéral accordera asile à la mi-octobre à quelque 200 réfugiés du Chili. Une Sonderaktion (action spéciale), justifiera-t-il, en raison de la tradition humanitaire du pays.  Lire la suite

Migrants clandestins: le mythe de l’invasion

Médias et politiques alimentent un discours apocalyptique sur l’exode massif d’Africains de l’Ouest. Pas si simple.

Un déferlement d’Africains, chassés par la guerre et la pauvreté vers les côtes ibériques, italiennes ou maltaises. Voilà l’image sur laquelle médias et politiciens dissertent à satiété. De quoi justifier, en particulier dans les pays de l’Union européenne (UE), des politiques de lutte contre «l’immigration clandestine». Pourtant, cette image d’exilés arrivés irrégulièrement de ce côté-ci de la Méditerranée tient d’abord de l’exagération. La migration illégale entre Europe et Afrique n’a donc rien de neuf, comme l’écrit Hein de Haas, chercheur à l’Université d’Oxford et spécialiste des questions migratoires. Le phénomène persiste depuis vingt ans, quand l’Italie et l’Espagne ont introduit l’obligation de visas. Seule nouveauté, à l’approche des rives européennes, les Africains subsahariens dépassent désormais en nombre ceux nés au Maghreb.

En toute légalité. Ce point est crucial, car il fonde un gros malentendu. Tous les exilés qui traversent le Sahara n’arrivent pas mécaniquement en Europe. Seuls 20 à 30% continuent leur route, le reste s’arrête en Afrique du Nord. La Libye, par exemple, est une destination importante pour beaucoup d’exilés du Tchad, du Nigeria et du Soudan. De plus, bien des immigrants d’Afrique de l’Ouest entrent légalement dans l’UE: soit 100 000 par an, contre 25 000 à 35 000 qui y parviendraient clandestinement. Surtout, l’ensemble de cette immigration d’Afrique occidentale ne représente qu’une fraction de l’immigration totale de l’UE: à peine 5,1% (sur 2,6 millions en 2004).

Dans ses écrits, Hein de Haas relève encore que, en dépit d’une hausse de la migration en provenance d’Afrique de l’Ouest, le nombre de ressortissants de ces pays est très modeste. Alors qu’on dénombre 2,6 millions d’exilés nés au Maghreb et installés dans l’UE, ce chiffre est de 800 000 pour les Africains occidentaux. «A eux seuls, les immigrants marocains dépassent tous les immigrants d’Afrique occidentale en Europe», constate le chercheur.

Ce n’est donc pas faire preuve d’angélisme que de contester cette idée d’un exode massif d’Africains occidentaux prêts à envahir les terres d’Europe. Une demi-vérité qui légitime cependant, depuis une dizaine d’années, une intensification des contrôles aux frontières de l’UE. Intensification complétée par une «externationalisation» de ces politiques de contrôle aux pays maghrébins, au Maroc ou en Libye. Des politiques qui, conclut Hein de Hass, «ont eu une série d’effets secondaires involontaires comme des violations croissantes des droits des migrants».

A lire: The Myth of Invasion. Hein de Haas. International Migration Institute (IMI), University of Oxford, 2007.

© L’Hebdo, 16.10.2008

Avec Washington, Berne se couche toujours

Vols de la CIA, affaire Tinner, Guantanamo, que fait donc la justice suisse?

On croyait classée la poursuite pénale du Ministère public de la Confédération (MPC) contre le survol du territoire suisse par des avions de la CIA. En réalité, celle-ci est, depuis novembre, «suspendue pour une durée indéterminée». Pourquoi? Le MPC ne répond pas. Ce qui laisse craindre une mise au tiroir de la procédure. Et avec elle, l’enquête sur le transfert illégal de l’imam Abou Omar à Ramstein (Allemagne), via le ciel suisse, après son rapt par 26 agents de la CIA à Milan, le 17 février 2003.

«Le Ministère public cherche peut-être des traces d’ADN d’Abou Omar dans le ciel?» ironise le conseiller aux Etats Dick Marty. Cette «schubladisation» étonne d’autant plus le sénateur radical que, en Italie, la justice milanaise avance, malgré les pressions énormes du gouvernement Berlusconi, élu il y a peu. Voilà des mois en effet que les auditions s’enchaînent au Parquet de Milan et, surtout, que 22 mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre les hommes de la CIA. «Le MPC a vu les dossiers du procureur Spataro. C’est solide. Mais les Suisses pensent qu’il n’y a qu’à laisser faire les Italiens.» A la section suisse d’Amnesty International, on se dit déçu, mais guère surpris de la réaction du MPC: «Il nous semblait pourtant que la Suisse disposait de suffisamment d’indices pour aller de l’avant dans le cas d’Abou Omar», déplore son lobbyiste, Alain Bovard.

Auteur de deux rapports sur les geôles secrètes de la CIA au Conseil de l’Europe, Dick Marty s’inquiète des reculades répétées du Conseil fédéral et du MPC face à l’Oncle Sam. De tels soupçons planent avec la destruction de pièces par le Conseil fédéral dans l’affaire Tinner. Avant cela, ce même Conseil fédéral stoppait, en 2007, une enquête du MPC sur «Tom», une barbouze qui, en poste à l’ambassade américaine de Berne, avait tenté d’obtenir des informations sensibles au syndicat Syna. Ajoutez à cela l’affaire SWIFT, une opération de surveillance des transactions financières menée par la CIA violant le secret bancaire ou encore, dénonce Amnesty International, la collaboration du MPC avec les autorités états-uniennes lors d’interrogatoires de détenus à Guantanamo, voilà qui interpelle. Et Dick Marty de lancer: «Notre justice sert-elle à assurer l’impunité des agents américains?»

© L’Hebdo, 05.06.2008

Conseil des droits de l’Homme: la mascarade des droits humains

A Genève cette semaine, bien des diplomates frétillaient d’impatience. C’est que le Conseil des droits de l’homme (CDH) des Nations Unies usait, pour la première fois, de sa principale innovation: l’Examen périodique universel (EPU). Tour à tour, les pays membres des Nations Unies seront désormais auscultés par leurs pairs, histoire de dire s’ils appliquent et surtout respectent les droits humains.

Cette semaine donc, une première salve de 16 pays sous enquête est partie. Pour chaque Etat, un rapport un brin jargonneux, suivi de quelques heures de débats, empreints d’une courtoisie toute onusienne. Un peu comme lorsque la Chine a «rapporté» sur l’état des libertés en Tunisie. Ce genre de scène rappelle ce que fut la défunte Commission des droits de l’homme, remplacée depuis par le CDH: un affront à ceux qui subissent la répression dans des Etats liberticides.

Conviées à écouter en silence, les ONG de défense des droits humains ont assisté à des monologues d’Etats également discrets sur les violations des libertés au Bahreïn, en Algérie ou encore au Maroc. Ultime affront pour ces ONG, leur allié à l’ONU, le Haut-Commissariat pour les droits de l’homme a vu ses recommandations écartées par les Etats du CDH. Ces derniers n’aiment décidément pas qu’on se mêle de leurs petites affaires.

Jusqu’ici, le haut-commissaire aux droits de l’homme, Louise Arbour, réservait ses critiques. Elle craint désormais le détricotage complet du système de protection des droits humains, fondement des Nations Unies. Bref, la mise sur la sellette des Etats que promettait l’EPU tourne à l’autoabsolution. Et, comme à l’Ecole des fans de Jacques Martin, tout le monde gagne à la fin. Sauf les droits humains bien entendu.

© L’Hebdo, 10.04.2008