Travail au noir: le chantier fédéral de la Cinémathèque suisse épinglé

Chantier de la Cinémathèque, Penthaz

Depuis ce printemps, la Confédération érige un nouveau centre d’archivage pour la Cinémathèque suisse à Penthaz (VD). Coût: 60 millions de francs. Selon des documents en possession de la TSR, un contrôle de l’inspectorat vaudois des chantiers a révélé des cas d’infractions graves et le recours a du travail au noir. Pour l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL), responsable du dossier, c’est une première pour la Confédération depuis l’entrée en vigueur de la loi sur le travail au noir en 2008. Suite aux appels de la TSR, sa direction a lancé une enquête contre les contrevenants. Lire la suite

BNS: la mesure d’une décision

L’unanimité règne chez les commentateurs, experts et autres économistes. En fixant un taux plancher au franc par rapport à l’euro, la Banque nationale suisse (BNS) fait un pari risqué. Dans les risques les plus cités par les experts, on rappelle une hausse possible de l’inflation à moyen terme – en agitant le spectre du début des années 80 avec un compteur qui frôlait les 7% après la fixation du cours du franc au mark allemand en 1978 –, des pertes en milliards au bilan de la BNS (et donc, adieu les versements aux collectivités publiques) et une aggravation de la bulle immobilière en certaines régions suisses. Côté syndical, la mesure de mardi est saluée, mais elle risque de ne pas suffire à contenir la destruction d’emplois dans le secteur des exportations ou de presser sur la tête des employés, contraints de travailler plus ou de voir leurs salaires tomber en euros. Pourtant, de ces avis d’experts, je n’ai pas encore lu – cela m’a échappé – une mesure « simple » du coup de poker pris par la BNS.  Lire la suite

Vaud: la police contre le travail au noir

La semaine passée, la police cantonale a arrêté 13 ouvriers clandestins dans la banlieue lausannoise. Mais le problème reste entier, s’irrite le syndicat Unia.

Ce 8 septembre à 6 heures, les premiers clients de la Bras- serie de Malley, à deux pas du centre ville lausannois, ont assisté à une descente de police. Sur le trottoir, des policiers de la Sûreté vaudoise ont effectué des contrôles d’identité auprès de trente-trois ouvriers en quête de travail. Originaires du Kosovo et du Portugal, treize étaient clan- destins, dont un faisant l’objet d’un mandat d’arrêt.

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Dette grecque: une Suisse si solidaire…

Jeudi 25 mars, le Conseil fédéral, par la voix de Doris Leuthard, envisageait d’apporter son aide à la Grèce. En se gardant de toute ingérence dans les affaires de l’Union européenne et des membres de la zone euro. Un geste totalement désintéressé? Non. Contre la hausse du franc face à la monnaie européenne, la Banque nationale suisse (BNS) pourrait placer des euros achetés sur les marchés dans des obligations d’Etat grecques. Histoire aussi de faire du profit, ces obligations rapportant près de 6% l’an. Ni la BNS ni Doris Leuthard n’ont eu cette idée, ou n’osent le dire. A l’inverse de Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union syndicale suisse et membre du conseil de banque de la BNS. Une façon d’exprimer sa solidarité et son internationalisme sûrement.

Travail au noir: Les chantiers du scandale

ChantierImpossible de nos jours de bâtir des villas, des centres commerciaux ou des écoles, sans passer par des sous-traitants. Or, sur ce marché, de nombreux indélicats usent du travail au noir, recrutent des sans-papiers et oublient de payerleurs cotisations sociales. Les entreprises générales qui mandent leurs sous-traitants s’en inquiètent très peu. Enquête sur les chantiers vaudois, où même le président des entrepreneurs a vu sa société épinglée par les inspecteurs du canton.

«Si tu dis mon nom dans ton article, ils vont me massacrer. En arrêtant de me donner des boulots, ou autrement. Le bâtiment, c’est un truc de mafioso.» Silence. Petit patron, Erlon* avale le reste de son Fanta, aussi orange que ses mains de ferrailleur. Merci la rouille. Dans ce kébab de l’Ouest lausannois, ce trentenaire kosovar qui fait dix ans de plus boucle une journée durant laquelle il a posé une tonne de fers à béton. «Ce job, soupire-t-il, c’est pas une vie. Pas un Suisse, ne le ferait.» Alors oui, il fait bosser des compatriotes au noir, des sans-papiers parfois, pour tenir ses délais. Un SMS ou un coup de fil, voilà comment il recrute des bras. Le lendemain à l’aube, lui ou un chef d’équipe passe les prendre près de Malley, à dix minutes du centre-ville de Lausanne. Sauf le vendredi, jour où on coule le béton.

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Vaud: Marchés publics sous surveillance syndicale

L’Etat de Vaud, avec l’aide du syndicat Unia, scrute les sous-traitants présentés par des sociétés générales pour les futurs chantiers de la Transchablaisienne. Résultat: des indélicats ont été écartés. Une première.

Un service de l’Etat chargé d’adjuger des travaux pour des millions de francs qui, avant décision, fait vérifier par les syndicats si les sociétés candidates et leurs sous-traitants sont réglo. Inimaginable? Pas en terres vaudoises. Qui plus est s’agissant de l’attribution de gros marchés publics pour lesquels les décisions tomberont d’ici à un mois: ceux de la Transchablaisienne (H144) un projet routier valdovalaisan, devisé à 98 millions et financé à 62% par la Confédération.

«Le canton nous a demandé de conforter nos choix de soustraitance. C’est nouveau. Tout est en ordre», jure Cédric Frossard, directeur chez Cunéod & Payot. Avec Marti Travaux Spéciaux, son entreprise espère décrocher 21 millions pour le tracé H144, hors ouvrages d’art. Autre prétendant, Florian Kossmann, responsable génie civil chez Frutiger, voudrait obtenir les contrats – près de 30 millions –, pour réaliser un viaduc sur le Rhône et un pont sur le Grand Canal. Son groupe, composé d’Atra, Prader Losinger et Walo, a aussi subi ce contrôle des sous-traitants avant adjudication. Et sa firme a rayé le sous-traitant prévu pour poser l’armature d’un des ouvrages: «Sur avis du canton, nous avons changé le ferrailleur Otto Vogel par GIA Sàrl», assure le cadre.

Pratiques nouvelles. Le Service vaudois des routes, chargé d’attribuer les contrats, a en effet suggéré de changer de sous-traitant. Paul Graber, chef de la division infrastructure au Service des routes, admet qu’il s’agit d’une «pratique nouvelle qui s’applique à toutes les sociétés et à leurs sous-traitants susceptibles d’obtenir un contrat sur la H144». Et d’autres chantiers suivront à l’avenir.

Comme les procédures d’attribution sont en cours, les consortiums modifient leurs offres sans trop rechigner. «Les autorités veillent ainsi au respect des normes et des conventions collectives », explique Paul Graber. Ces contrôles, promet-il, continueront durant les travaux, à mesure que de nouveaux sous-traitants seront déclarés à son service.

Pourquoi changer la pratique? A l’origine, seul le nom des sociétés générales était fourni aux partenaires sociaux. «Si nous donnons la liste des sous-traitants aux syndicats, c’est que, parfois, nous avons constaté des prix un peu trop plancher. Surtout dans le coffrage et le ferraillage», raconte Paul Graber. Un euphémisme pour parler de travail au noir.

Audit. Dans les faits, l’examen de la sous-traitance de l’offre Frutiger a été faite par Unia. «Après réception des listes, nous avons signalé qu’Otto Vogel ne comptait que deux travailleurs inscrits sur Vaud, raconte Pietro Carrobio, chef du secteur construction à Unia. Je les vois mal aller poser à deux de la ferraille.» Contacté par L’Hebdo, Albert Carron, directeur du ferrailleur Otto Vogel, avoue sa «surprise» et explique que «les ouvriers sont rattachés à d’autres sociétés, basées en Valais et à Genève».

Avec son équipe, Pietro Carrobio a examiné d’autres listes de sous-traitance. Une deuxième entreprise générale a été épinglée. Confidentialité oblige, le syndicaliste refuse de la nommer, mais précise qu’«un des sous-traitants était un multirécidiviste de la faillite». Résultat? «L’entreprise a proposé deux remplaçants. Nous avons donné notre feu vert», conclut-il.

Satisfecit. Mais que pensent les patrons de cet activisme syndical? Chez Frutiger, Florian Kossmann apprécie. A l’instar de l’entrepreneur Cédric Frossard: «D’habitude répressive, l’attitude des syndicats est ici constructive.» A la Fédération vaudoise des entrepreneurs, Alix Briod se félicite aussi de l’action des syndicats et de leur collaboration avec le canton. Raison? «Il est impossible de contester le problème que pose désormais la sous-traitance dans des secteurs comme le ferraillage ou le coffrage », analyse le secrétaire patronal.

Ce problème, Unia l’a détaillé dans une enquête présentée en juin dernier. Le syndicat a estimé que, sur les 400 ferrailleurs et couvreurs – soit le dixième de la main-d’œuvre des chantiers vaudois –, plus des deux tiers sont concernés par le non-respect des conventions collectives en matière salariale et le nonpaiement des assurances sociales. Sans parler du recours à des travailleurs clandestins. Au fait de la situation, le fonctionnaire Paul Graber jure que, sur ces aspects, «les chantiers de la H144 seront exemplaires». Dont acte.

© L’Hebdo, 22.10.2009