Clan Ben Ali – Trois banques suisses (un peu) épinglées

EXCLUSIF. Le surveillant des banques remet à l’ordre trois banques qui ont géré des avoirs du clan Ben Ali. HSBC Private Bank est interdite d’ouvrir des comptes à des personnes politiquement exposées durant trois ans. Toutefois, la sentence pécuniaire pour les banques fautives est modique : moins de 200’000 francs, alors que des centaines de millions de francs ont transité par Genève.

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M. Marzouki sur la Suisse et l’argent du clan Ben Ali

Dans un entretien accordé à la RTS, le président tunisien Moncef Marzouki demande à la Suisse d’accélérer la restitution des fonds du clan Ben Ali gelés par la Confédération début 2011. Cet argent – environ 60 millions de francs – représente un montant « dérisoire » par rapport à ce que les banques suisses auraient accepté. Il souhaite rencontrer le Conseil fédéral pour évoquer ce dossier lors de son passage en Suisse en juin prochain.
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HSBC Genève hébergeait les comptes du clan Ben Ali

HSBC Private Bank (Suisse) SA est au centre d’une nouvelle affaire lié aux avoirs mal acquis de l’ex-dictateur tunisien Ben Ali. Selon la RTS, les nouvelles autorités tunisiennes soupçonnent la banque d’avoir hébergé les comptes de deux sociétés offshore du clan. Des sociétés impliquées en 2008 dans une transaction immobilière qui aurait rapporté près de 130 millions de francs à l’ex-dictateur tunisien et à ses proches. A l’époque, l’acheteur est un fonds d’investissement libyen, alors contrôlé par l’entourage du Colonel Kadhafi. 

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Ridha Kéfi: «Les Tunisiens sentent que les Suisses protègent les intérêts de leurs banques»

Ecrivain et journaliste, Ridha Kéfi a fondé et dirige encore la publication en ligne kapitalis.com, un site francophone très lu dans le milieu des affaires en Tunisie. Cet ex-correspondant de Jeune Afrique en Tunisie est devenu, voici quelques mois, membre de l’INIRIC, l’instance nationale indépendante de la réforme de l’information et de la communication. A Tunis, il revient sur les questions qui entourent la restitution des fonds Ben Ali placés à l’étranger, en particulier en Suisse. Lire la suite

Avoirs tunisiens en Suisse: une affaire de listes

OPINION. Depuis le 19 janvier 2011, date du blocage des avoirs du clan Ben Ali en Suisse, les autorités suisses et tunisiennes ont un gros problème: identifier, justement, les membres du clan et par extension, toute personne ayant trempé dans des histoires louches en Tunisie du temps de Ben Ali avant de planquer son fric ainsi gagné hors du pays, en Suisse ou au Canada par exemple. Lire la suite

Belhassen Trabelsi: 11 millions chez HSBC Genève

Belhassen Trabelsi, le beau-frère du président tunisien déchu détient plus de 11 millions de francs à la HSBC Private Bank de Genève. Cet homme notoirement corrompu a pu placer cette fortune en Suisse en dépit des lois et règlements en vigueur dans le pays, révèle dimanche la TSR. L’affaire pose une série de questions sur les contrôles effectués par la banque au moment de l’ouverture du compte, mais aussi lors de ses contrôles annuels de la relation d’affaires avec Belhassen Trabelsi. Enquête.  Lire la suite

Combien a empoché le clan el-Materi?

Dès 2005, Princesse Holdings met la main sur plus de 17’700 actions de Nestlé Tunisie au prix nominal de 254,194 dinars, soit pour moins 4 millions de nos francs. Une partie de ces actions (26,6%) proviennent de la Banque nationale agricole, un établissement bancaire qui était au centre des malversations opérées par Mohamed Sakhr el-Materi. Ce dernier y aurait notamment obtenu des crédits sans contreparties.  Lire la suite

Comment Nestlé a été la proie du clan Ben Ali

Le système mis en place en Tunisie par le clan déchu des Ben Ali a permis de siphonner des millions aux dépens des Tunisiens. Mais aussi de sociétés étrangères, à l’image de Nestlé. Le géant de l’agroalimentaire a ainsi gardé le silence pour ne pas mettre en péril ses activités en Tunisie. Lire la suite

Ghazi Mellouli: «Je suis curieux de savoir aujourd’hui, pourquoi les opérateurs européens en l’occurrence n’ont pas dénoncé de telles pratiques en Tunisie»

L’homme a un parcours incroyable. Victime d’une tentative d’assassinat en 2009, Ghazi Mellouli, 46 ans, a bien connu les pratiques du clan du président Ben Ali. Et pour cause, il a été le protégé du frère du président déchu, Moncef Ben Ali, jusqu’à la mort de ce dernier en 1996. Pour mémoire, Moncef Ben Ali, a un lourd passé. En France, il a été condamné pour blanchiment d’argent lors du procès de la «Couscous Connection» en 1992. Lire la suite

Radhia Nasraoui: «Le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger»

Le 25 octobre prochain, les Tunisiens rééliront Zine el-Abidine Ben Ali pour un cinquième mandat à la tête du pays. Une triste farce, dénonce l’avocat et militante des droits humains Radhia Nasraoui.

Fin septembre, l’avocate tunisienne et militante des droits humains Radhia Nasraoui était de passage à Genève. Le temps d’évoquer avec elle la situation politique de son pays, à la veille des présidentielles qui se dérouleront le dimanche 25 octobre. Agé de 73 ans, le président sortant, Zine el-Abidine Ben Ali se présente pour un cinquième mandat à la tête de l’Etat tunisien. Sans opposition véritable, le successeur de Habib Bourguiba sera reconduit dans ses fonctions qu’il occupe depuis 22 ans et ce, malgré les critiques régulières des organisations de défense des droits humains. Avant de partir de Tunis, Radhia Nasraoui avait été maltraitée par la police de l’aéroport. Ce qui n’a rien d’une première pour la présidente de l’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT). Mardi 20 octobre, alors qu’elle devrait se rendre au Parlement européen, les autorités tunisiennes interdisaient à Radhia Nasraoui de sortir du territoire national.

Quelle est la teneur de la campagne?

C’est la terreur! Le pouvoir veut faire taire toute voix discordante. Au titre d’une Constitution rédigée sur mesure, la présidence a fait écarter, fin septembre, des personnalités respectées comme le docteur Mustapha Ben Jaafar, fondateur du Forum démocratique pour le travail et les libertés. L’opposition légale, tolérée par le régime, est encadrée par la police. Les candidats qui ont obtenu la permission de se présenter font de la figuration. On ne leur laisse aucun espace. Dans les rues, les affiches avec le visage de Ben Ali sont partout. C’est surréaliste.

Qu’en est-il des organisations de la société civile?

Ces rares organisations sont aussi très contrôlées. Quand le pouvoir ne prend pas la décision de les déclarer illégales… La Ligue tunisienne des droits de l’homme reste, par exemple, entravée dans ses réunions par des policiers qui surveillent son local à Tunis. Jour et nuit. Nous ne pouvons donc pas nous exprimer, ni nous réunir. Pire, ces jours-ci, à mesure que les élections approchent, le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger. Je suis sûr que, en rentrant à Tunis, je me ferai agresser par la police comme lors de mon départ.

Quelle est le message de cette société civile?

Beaucoup, dont mon organisation, appellent au boycott des élections. Pourquoi participer à une telle farce?

Mais, la société civile n’est pas si soudée…

Une partie de celle-ci est directement dans les mains du régime. Chaque jour, une des ces organisations déclare publiquement son soutien à Ben Ali. Dans les secteurs qui ne sont pas alimentés par le pouvoir, certains – dont des islamistes – se rapprochent peut-être de Carthage [là où se situe le Palais présidentiel, ndlr]. C’est que, dans l’entourage du président, comme son gendre Sakhr el-Materi, on veut récupérer l’Islam. Au travers du groupe d’affaire de son gendre qui possède des journaux, une radio et bientôt une chaîne de télivision, le pouvoir tunisien cherche tactiquement à se rapprocher des islamistes les plus durs. Il y a des signes qui ne trompent pas. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes portent le voile. Et de plus en plus de gens se réunissent désormais dans les mosquées. C’est le dernier endroit où le pouvoir tolère des rassemblements…

© L’Hebdo, 22.10.2009

[Mise à jour du 23 octobre 2009: A écouter le témoignage de Florence Beaugé, journaliste au Monde, sur son refoulement à l’aéroport de Tunis-Carthage. Selon elle, le pouvoir tunisien n’a pas apprécié un article écrit il y a peu sur l’avocate Radhia Nasraoui et son mari, le militant communiste Hamma Hammami.]

Souhayr Belhassen: «Même la Suisse ne nous invite plus désormais»

TUNISIA HUMAN RIGHTS BELHASSENLa vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme et de la Ligue tunisienne des droits de l’homme déplore la situation lamentable des libertés en Tunisie.

Fin 2005 au Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) de Tunis, le président de la Confédération Samuel Schmid critiquait les entorses à la liberté d’opinion de la part des autorités tunisiennes. Des mots qui ont indignés jusqu’au président Ben Ali. Militante des droits humains de passage à Genève, la journaliste Souhayr Belhassen témoigne des difficultés de défendre les libertés dans son pays.

YS: Un an et demi après le SMSI, comment vont les libertés en Tunisie?

SB: Mal. Nous payons en petites coupures notre engagement dans ce Sommet. Le fait que la société civile indépendante se soit mobilisée au SMSI se retourne contre elle. Par exemple, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) ne peut tenir son congrès depuis deux ans. Et la répression s’accroît sur tous ceux qui élèvent la voix: journalistes, avocats ou défenseurs des droits humains. Le pire, c’est que la communauté internationale ne nous voit plus. Autrefois, la LTDH était invitée par l’ambassade de France le 14 juillet. Un acte symbolique, mais crucial sur place pour des organisations que le pouvoir ne reconnaît pas. Aujourd’hui, c’est fini. De même, la Suisse ne nous invite plus désormais.

YS: Pourtant, les autorités ont libéré des prisonniers d’opinion en 2006…

SB: C’est triste à dire, mais ce genre de libération correspond à des prisonniers en fin de parcours, en fin de vie. Dans d’autres cas, les autorités font du foin autour d’une libération mais enferment dix autres personnes dans le même temps. La balance est toujours déséquilibrée.

YS: Le gouvernement parle de « menace islamiste » pour justifier cette politique de surveillance. Qu’en pensez-vous?

SB: Quelle ironie! D’une part, les attentats de Djerba en 2002 ont montré que le gouvernement ne contrôlait rien du tout. D’autre part, il y a des pays qui font aussi face à cette menace mais n’en profitent pas pour verrouiller les libertés d’opinion et d’association de la société civile.

© L’Hebdo, 15.03.2007

De la servitude volontaire en Tunisie

9782707149244

Béatrice Hibou décortique les fondements de l’autoritarisme tunisien. Une mise à nu du système Ben Ali.

Pour durer, un régime totalitaire ne peut compter sur la seule contrainte. L’organisation du consentement est décisive. Dans cet ouvrage, Béatrice Hibou, chercheuse au CERI (Sciences Po Paris), reprend cette piste laissée notamment par Hannah Arendt et dissèque la matrice de la domination politique en Tunisie. Plutôt que de compter les coups de sabre donnés aux libertés dans ce pays – la liberté d’expression en tête -, la chercheuse se concentre sur les ressorts de l’adhésion forcée des Tunisiens à l’autorité du président Ben Ali.

L’argent d’abord. Loin du «miracle économique» tant vanté, la Tunisie est surtout une économie du surendettement, des individus comme des entreprises. Cette situation les mène à lutter pour accéder aux moyens de leur survie, une situation dans laquelle la bienséance à l’égard du régime est synonyme de passe-droits. Mais les Tunisiens ne sont pas seulement ficelés par les cordons dorés de la bourse de l’Etat, ils le sont aussi par une société civile de façade où plus de 8000 associations liées au pouvoir quadrillent l’espace public. Dès lors, la poignée d’organisations indépendantes contestant l’emprise du pouvoir pèse bien peu face à la pléthore des limiers civils du pouvoir louant la magnanimité du Zaïm Ben Ali.

Neuf années auront été nécessaires pour réaliser cet ouvrage passionnant et courageux. Surveillée, intimidée et victime du braquage de son ordinateur (à Paris aussi), Béatrice Hibou montre du même coup qu’étudier la Tunisie est un sport de combat.

A lire: La force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie. De Béatrice Hibou. Editions La Découverte, 2006.

© L’Hebdo, 16.11.2006