Ecoutes téléphoniques: l’heure du choix

OPINION. La Confédération a toujours mal à ses grandes oreilles. Son système d’écoutes téléphoniques légales – le projet Interception System Schweiz (ISS) – demeure inopérant, malgré de nouveaux tests effectués cet été. Berne songe désormais à l’abandonner. A moins que le Conseil fédéral ne délie encore sa bourse. Et vite. Lire la suite

Après le Conseil fédéral, la retraite capitalisée

Reconversion. Depuis des décennies, des conseillers fédéraux bourgeois à la retraite ont pour coutume de passer dans l’économie privée et ses prestigieux conseils d’administration.

Une tradition. Depuis la Deuxième Guerre mondiale, bien des conseillers fédéraux à la retraite deviennent administrateurs d’une ou plusieurs grandes firmes du pays. A condition d’être du bon bord. Car ce privilège revient surtout à un libéral-radical, parfois à un démocratechrétien, plus rarement à un démocrate du centre. Et en dehors du bloc bourgeois, point de retraite dans un conseil d’administration. Hans-Rudolf Merz prolongera-t-il la coutume? Son passé en fait un client parfait.

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Rapport UBS: Au pays du vide politique

«L’Hebdo» a lu les 363 pages du rapport des Commissions de gestion sur la conduite de la crise UBS. Un document accablant pour le Conseil fédéral. Ce sont des hauts commis de l’Etat qui ont fait le travail. Quant à la Finma, sa crédibilité est sérieusement entamée.

Une nuit, du 14 au 15 octobre 2008. Voilà le temps que Moritz Leuenberger et Samuel Schmid ont eu pour s’informer et se faire un avis sur le train de mesures à plus de 60 milliards de francs qui devait sauver UBS de la faillite. Moins chanceuse, une délégation parlementaire a eu quelques heures pour y réfléchir, le 15 au matin. Un jour plus tard, le tout était ficelé. La morale? Question bancaire, les responsables politiques entérinent ce que, durant des mois, quelques technocrates – dont certains éclairés – concoctent loin des élus et à l’abri des regards.

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Avec Washington, Berne se couche toujours

Vols de la CIA, affaire Tinner, Guantanamo, que fait donc la justice suisse?

On croyait classée la poursuite pénale du Ministère public de la Confédération (MPC) contre le survol du territoire suisse par des avions de la CIA. En réalité, celle-ci est, depuis novembre, «suspendue pour une durée indéterminée». Pourquoi? Le MPC ne répond pas. Ce qui laisse craindre une mise au tiroir de la procédure. Et avec elle, l’enquête sur le transfert illégal de l’imam Abou Omar à Ramstein (Allemagne), via le ciel suisse, après son rapt par 26 agents de la CIA à Milan, le 17 février 2003.

«Le Ministère public cherche peut-être des traces d’ADN d’Abou Omar dans le ciel?» ironise le conseiller aux Etats Dick Marty. Cette «schubladisation» étonne d’autant plus le sénateur radical que, en Italie, la justice milanaise avance, malgré les pressions énormes du gouvernement Berlusconi, élu il y a peu. Voilà des mois en effet que les auditions s’enchaînent au Parquet de Milan et, surtout, que 22 mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre les hommes de la CIA. «Le MPC a vu les dossiers du procureur Spataro. C’est solide. Mais les Suisses pensent qu’il n’y a qu’à laisser faire les Italiens.» A la section suisse d’Amnesty International, on se dit déçu, mais guère surpris de la réaction du MPC: «Il nous semblait pourtant que la Suisse disposait de suffisamment d’indices pour aller de l’avant dans le cas d’Abou Omar», déplore son lobbyiste, Alain Bovard.

Auteur de deux rapports sur les geôles secrètes de la CIA au Conseil de l’Europe, Dick Marty s’inquiète des reculades répétées du Conseil fédéral et du MPC face à l’Oncle Sam. De tels soupçons planent avec la destruction de pièces par le Conseil fédéral dans l’affaire Tinner. Avant cela, ce même Conseil fédéral stoppait, en 2007, une enquête du MPC sur «Tom», une barbouze qui, en poste à l’ambassade américaine de Berne, avait tenté d’obtenir des informations sensibles au syndicat Syna. Ajoutez à cela l’affaire SWIFT, une opération de surveillance des transactions financières menée par la CIA violant le secret bancaire ou encore, dénonce Amnesty International, la collaboration du MPC avec les autorités états-uniennes lors d’interrogatoires de détenus à Guantanamo, voilà qui interpelle. Et Dick Marty de lancer: «Notre justice sert-elle à assurer l’impunité des agents américains?»

© L’Hebdo, 05.06.2008