Affaire Sperisen: la mère d’une victime porte plainte

EXCLUSIF. L’ancien chef de la police nationale du Guatemala, Erwin Sperisen, écroué à Genève et soupçonné d’exécutions extrajudiciaires, est sous le coup d’une plainte pour assassinat déposée par la mère de l’une des victimes des forces de police dirigées par ce suisso-guatémaltèque, a appris la RTS.  Lire la suite

Sperisen: demande de récusation du procureur Bertossa

EXCLUSIF. Les avocats de l’ex-chef de la police civile guatémaltèque, Erwin Sperisen, réclament la récusation du procureur en charge du dossier, Yves Bertossa. En cause, ses liens passés avec l’association TRIAL qui a déposé deux dénonciations en 2008 et 2009 contre leur client. Demain aprs-midi, le Tribunal des mesures de contraintes dira si Erwin Sperisen, soupçonné d’exécutions extrajudiciaires dans son pays, doit être maintenu en détention.

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Radhia Nasraoui: «Le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger»

Le 25 octobre prochain, les Tunisiens rééliront Zine el-Abidine Ben Ali pour un cinquième mandat à la tête du pays. Une triste farce, dénonce l’avocat et militante des droits humains Radhia Nasraoui.

Fin septembre, l’avocate tunisienne et militante des droits humains Radhia Nasraoui était de passage à Genève. Le temps d’évoquer avec elle la situation politique de son pays, à la veille des présidentielles qui se dérouleront le dimanche 25 octobre. Agé de 73 ans, le président sortant, Zine el-Abidine Ben Ali se présente pour un cinquième mandat à la tête de l’Etat tunisien. Sans opposition véritable, le successeur de Habib Bourguiba sera reconduit dans ses fonctions qu’il occupe depuis 22 ans et ce, malgré les critiques régulières des organisations de défense des droits humains. Avant de partir de Tunis, Radhia Nasraoui avait été maltraitée par la police de l’aéroport. Ce qui n’a rien d’une première pour la présidente de l’Association de Lutte contre la Torture en Tunisie (ALTT). Mardi 20 octobre, alors qu’elle devrait se rendre au Parlement européen, les autorités tunisiennes interdisaient à Radhia Nasraoui de sortir du territoire national.

Quelle est la teneur de la campagne?

C’est la terreur! Le pouvoir veut faire taire toute voix discordante. Au titre d’une Constitution rédigée sur mesure, la présidence a fait écarter, fin septembre, des personnalités respectées comme le docteur Mustapha Ben Jaafar, fondateur du Forum démocratique pour le travail et les libertés. L’opposition légale, tolérée par le régime, est encadrée par la police. Les candidats qui ont obtenu la permission de se présenter font de la figuration. On ne leur laisse aucun espace. Dans les rues, les affiches avec le visage de Ben Ali sont partout. C’est surréaliste.

Qu’en est-il des organisations de la société civile?

Ces rares organisations sont aussi très contrôlées. Quand le pouvoir ne prend pas la décision de les déclarer illégales… La Ligue tunisienne des droits de l’homme reste, par exemple, entravée dans ses réunions par des policiers qui surveillent son local à Tunis. Jour et nuit. Nous ne pouvons donc pas nous exprimer, ni nous réunir. Pire, ces jours-ci, à mesure que les élections approchent, le pouvoir nous fait payer les mots que nous prononçons à l’étranger. Je suis sûr que, en rentrant à Tunis, je me ferai agresser par la police comme lors de mon départ.

Quelle est le message de cette société civile?

Beaucoup, dont mon organisation, appellent au boycott des élections. Pourquoi participer à une telle farce?

Mais, la société civile n’est pas si soudée…

Une partie de celle-ci est directement dans les mains du régime. Chaque jour, une des ces organisations déclare publiquement son soutien à Ben Ali. Dans les secteurs qui ne sont pas alimentés par le pouvoir, certains – dont des islamistes – se rapprochent peut-être de Carthage [là où se situe le Palais présidentiel, ndlr]. C’est que, dans l’entourage du président, comme son gendre Sakhr el-Materi, on veut récupérer l’Islam. Au travers du groupe d’affaire de son gendre qui possède des journaux, une radio et bientôt une chaîne de télivision, le pouvoir tunisien cherche tactiquement à se rapprocher des islamistes les plus durs. Il y a des signes qui ne trompent pas. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes portent le voile. Et de plus en plus de gens se réunissent désormais dans les mosquées. C’est le dernier endroit où le pouvoir tolère des rassemblements…

© L’Hebdo, 22.10.2009

[Mise à jour du 23 octobre 2009: A écouter le témoignage de Florence Beaugé, journaliste au Monde, sur son refoulement à l’aéroport de Tunis-Carthage. Selon elle, le pouvoir tunisien n’a pas apprécié un article écrit il y a peu sur l’avocate Radhia Nasraoui et son mari, le militant communiste Hamma Hammami.]

Avec Washington, Berne se couche toujours

Vols de la CIA, affaire Tinner, Guantanamo, que fait donc la justice suisse?

On croyait classée la poursuite pénale du Ministère public de la Confédération (MPC) contre le survol du territoire suisse par des avions de la CIA. En réalité, celle-ci est, depuis novembre, «suspendue pour une durée indéterminée». Pourquoi? Le MPC ne répond pas. Ce qui laisse craindre une mise au tiroir de la procédure. Et avec elle, l’enquête sur le transfert illégal de l’imam Abou Omar à Ramstein (Allemagne), via le ciel suisse, après son rapt par 26 agents de la CIA à Milan, le 17 février 2003.

«Le Ministère public cherche peut-être des traces d’ADN d’Abou Omar dans le ciel?» ironise le conseiller aux Etats Dick Marty. Cette «schubladisation» étonne d’autant plus le sénateur radical que, en Italie, la justice milanaise avance, malgré les pressions énormes du gouvernement Berlusconi, élu il y a peu. Voilà des mois en effet que les auditions s’enchaînent au Parquet de Milan et, surtout, que 22 mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre les hommes de la CIA. «Le MPC a vu les dossiers du procureur Spataro. C’est solide. Mais les Suisses pensent qu’il n’y a qu’à laisser faire les Italiens.» A la section suisse d’Amnesty International, on se dit déçu, mais guère surpris de la réaction du MPC: «Il nous semblait pourtant que la Suisse disposait de suffisamment d’indices pour aller de l’avant dans le cas d’Abou Omar», déplore son lobbyiste, Alain Bovard.

Auteur de deux rapports sur les geôles secrètes de la CIA au Conseil de l’Europe, Dick Marty s’inquiète des reculades répétées du Conseil fédéral et du MPC face à l’Oncle Sam. De tels soupçons planent avec la destruction de pièces par le Conseil fédéral dans l’affaire Tinner. Avant cela, ce même Conseil fédéral stoppait, en 2007, une enquête du MPC sur «Tom», une barbouze qui, en poste à l’ambassade américaine de Berne, avait tenté d’obtenir des informations sensibles au syndicat Syna. Ajoutez à cela l’affaire SWIFT, une opération de surveillance des transactions financières menée par la CIA violant le secret bancaire ou encore, dénonce Amnesty International, la collaboration du MPC avec les autorités états-uniennes lors d’interrogatoires de détenus à Guantanamo, voilà qui interpelle. Et Dick Marty de lancer: «Notre justice sert-elle à assurer l’impunité des agents américains?»

© L’Hebdo, 05.06.2008

Conseil des droits de l’Homme: la mascarade des droits humains

A Genève cette semaine, bien des diplomates frétillaient d’impatience. C’est que le Conseil des droits de l’homme (CDH) des Nations Unies usait, pour la première fois, de sa principale innovation: l’Examen périodique universel (EPU). Tour à tour, les pays membres des Nations Unies seront désormais auscultés par leurs pairs, histoire de dire s’ils appliquent et surtout respectent les droits humains.

Cette semaine donc, une première salve de 16 pays sous enquête est partie. Pour chaque Etat, un rapport un brin jargonneux, suivi de quelques heures de débats, empreints d’une courtoisie toute onusienne. Un peu comme lorsque la Chine a «rapporté» sur l’état des libertés en Tunisie. Ce genre de scène rappelle ce que fut la défunte Commission des droits de l’homme, remplacée depuis par le CDH: un affront à ceux qui subissent la répression dans des Etats liberticides.

Conviées à écouter en silence, les ONG de défense des droits humains ont assisté à des monologues d’Etats également discrets sur les violations des libertés au Bahreïn, en Algérie ou encore au Maroc. Ultime affront pour ces ONG, leur allié à l’ONU, le Haut-Commissariat pour les droits de l’homme a vu ses recommandations écartées par les Etats du CDH. Ces derniers n’aiment décidément pas qu’on se mêle de leurs petites affaires.

Jusqu’ici, le haut-commissaire aux droits de l’homme, Louise Arbour, réservait ses critiques. Elle craint désormais le détricotage complet du système de protection des droits humains, fondement des Nations Unies. Bref, la mise sur la sellette des Etats que promettait l’EPU tourne à l’autoabsolution. Et, comme à l’Ecole des fans de Jacques Martin, tout le monde gagne à la fin. Sauf les droits humains bien entendu.

© L’Hebdo, 10.04.2008

Souhayr Belhassen: «Même la Suisse ne nous invite plus désormais»

TUNISIA HUMAN RIGHTS BELHASSENLa vice-présidente de la Fédération internationale des droits de l’homme et de la Ligue tunisienne des droits de l’homme déplore la situation lamentable des libertés en Tunisie.

Fin 2005 au Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI) de Tunis, le président de la Confédération Samuel Schmid critiquait les entorses à la liberté d’opinion de la part des autorités tunisiennes. Des mots qui ont indignés jusqu’au président Ben Ali. Militante des droits humains de passage à Genève, la journaliste Souhayr Belhassen témoigne des difficultés de défendre les libertés dans son pays.

YS: Un an et demi après le SMSI, comment vont les libertés en Tunisie?

SB: Mal. Nous payons en petites coupures notre engagement dans ce Sommet. Le fait que la société civile indépendante se soit mobilisée au SMSI se retourne contre elle. Par exemple, la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) ne peut tenir son congrès depuis deux ans. Et la répression s’accroît sur tous ceux qui élèvent la voix: journalistes, avocats ou défenseurs des droits humains. Le pire, c’est que la communauté internationale ne nous voit plus. Autrefois, la LTDH était invitée par l’ambassade de France le 14 juillet. Un acte symbolique, mais crucial sur place pour des organisations que le pouvoir ne reconnaît pas. Aujourd’hui, c’est fini. De même, la Suisse ne nous invite plus désormais.

YS: Pourtant, les autorités ont libéré des prisonniers d’opinion en 2006…

SB: C’est triste à dire, mais ce genre de libération correspond à des prisonniers en fin de parcours, en fin de vie. Dans d’autres cas, les autorités font du foin autour d’une libération mais enferment dix autres personnes dans le même temps. La balance est toujours déséquilibrée.

YS: Le gouvernement parle de « menace islamiste » pour justifier cette politique de surveillance. Qu’en pensez-vous?

SB: Quelle ironie! D’une part, les attentats de Djerba en 2002 ont montré que le gouvernement ne contrôlait rien du tout. D’autre part, il y a des pays qui font aussi face à cette menace mais n’en profitent pas pour verrouiller les libertés d’opinion et d’association de la société civile.

© L’Hebdo, 15.03.2007

De la servitude volontaire en Tunisie

9782707149244

Béatrice Hibou décortique les fondements de l’autoritarisme tunisien. Une mise à nu du système Ben Ali.

Pour durer, un régime totalitaire ne peut compter sur la seule contrainte. L’organisation du consentement est décisive. Dans cet ouvrage, Béatrice Hibou, chercheuse au CERI (Sciences Po Paris), reprend cette piste laissée notamment par Hannah Arendt et dissèque la matrice de la domination politique en Tunisie. Plutôt que de compter les coups de sabre donnés aux libertés dans ce pays – la liberté d’expression en tête -, la chercheuse se concentre sur les ressorts de l’adhésion forcée des Tunisiens à l’autorité du président Ben Ali.

L’argent d’abord. Loin du «miracle économique» tant vanté, la Tunisie est surtout une économie du surendettement, des individus comme des entreprises. Cette situation les mène à lutter pour accéder aux moyens de leur survie, une situation dans laquelle la bienséance à l’égard du régime est synonyme de passe-droits. Mais les Tunisiens ne sont pas seulement ficelés par les cordons dorés de la bourse de l’Etat, ils le sont aussi par une société civile de façade où plus de 8000 associations liées au pouvoir quadrillent l’espace public. Dès lors, la poignée d’organisations indépendantes contestant l’emprise du pouvoir pèse bien peu face à la pléthore des limiers civils du pouvoir louant la magnanimité du Zaïm Ben Ali.

Neuf années auront été nécessaires pour réaliser cet ouvrage passionnant et courageux. Surveillée, intimidée et victime du braquage de son ordinateur (à Paris aussi), Béatrice Hibou montre du même coup qu’étudier la Tunisie est un sport de combat.

A lire: La force de l’obéissance. Economie politique de la répression en Tunisie. De Béatrice Hibou. Editions La Découverte, 2006.

© L’Hebdo, 16.11.2006