Contre la crise: le prêt de salariés

Grâce à une solution inédite, les partenaires sociaux vaudois ont sauvé 150 emplois.

Paradoxalement, des entreprises peinent toujours à recruter du personnel qualifié. Et ce, malgré la crise et le recul des commandes. En terres vaudoises, patrons du secteur industriel et syndicats ont lancé un projetpilote: troquer des employés durant quelques mois. Depuis février, a appris L’Hebdo auprès des partenaires sociaux, près de 150 postes de travail ont été préservés dans le canton, soit quinze fois plus qu’espéré. Jusqu’à quand?

«Avant de passer au chômage partiel ou, pire, par des licenciements, notre système élaboré avec le patronat retarde l’impact de la crise», lance Yves Defferrard, secrétaire syndical chez UNIA. Mais quel est donc ce système, établi avec le Groupement suisse de l’industrie mécanique (GIM-CH)?

Compétences. Il s’agit de persuader les entreprises en manque de travail de prêter leurs salariés à leurs consœurs – voire leurs concurrentes – à la recherche de bras pour boucler leurs commandes. Sans changement de contrat de travail, ni de salaire. Pour ce faire, un numéro payant (0900 000 120) a été activé afin que les entreprises du canton annoncent offres et besoins.

Pour Yves Defferrard et Frédéric Bonjour, secrétaire général du GIM-CH, «on sauvegarde les compétences tout en évitant les licenciements». Et surtout, ce projet évite jusqu’ici de faire les mêmes erreurs que par le passé. «Lors de la dernière crise, au début de 2000, les patrons avaient licencié d’un coup. Les compétences s’étaient alors envolées et, avec la reprise, le coût de réembauche avait explosé», explique encore le syndicaliste vaudois.

Pas les PME. Frédéric Bonjour tire son chapeau à UNIA. «Leur travail est positif». Mais il y a un hic. «L’échange de compétences a lieu entre grandes entreprises, celles qui ont un service de ressources humaines. » Bobst, Bombardier ou Matisa, par exemple. «Le bilan est donc négatif dans les PME où les petits patrons ne nous contactent pas», concède-t-il. Quant à l’avenir de ces échanges de compétences, le secrétaire patronal, comme chez UNIA, a des craintes: «Depuis peu, les annonces de licenciement s’amoncellent ce qui risque de casser le dispositif.» Au détriment du tissu industriel vaudois.

© L’Hebdo, 08.10.2009

À Londres, la déprime a déjà gagné les esprits (reportage)

Reportage. Banques quasi nationalisées, grèves et discours aux relents xénophobes, voilà les maux que connaît le Royaume-Uni. Et les Européens de l’Est venus en masse repartent, alors que, piégés sur leur île, les Anglais s’attendent au pire.

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L’odeur des feuilles de tabac parfume la petite échoppe du 33 Threadneedle Street. Accolée depuis 1841 à l’auguste édifice qui accueillait jadis le London Stock Exchange, la boutique de cigares de Mukesh Gagliani a comme vis-à-vis une vieille dame, la Banque d’Angleterre, et comme clients, les hommes de la City. Les affaires? «Tout juste de quoi payer l’hypothèque, mon salaire et celui de mon assistant, Vinod», se lamente ce quinquagénaire, né à Bombay. A la place des boîtes de Montecristo, c’est désormais à la pièce que ces havanes s’écoulent. Depuis janvier, les ventes ont chuté de moitié. «More or less», soupire-t-il avant qu’un client, la cravate défaite, ne se faufile jusqu’à l’étriqué comptoir. L’échange fuse, le nouvel arrivé a déjà repassé la porte. Et Vinod, la mine peinée, de murmurer: «Il a perdu son job ce matin, il a pris 10 cigarettes.» L’odeur du sapin a remplacé celle du tabac.

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