Travail au noir: Les chantiers du scandale

ChantierImpossible de nos jours de bâtir des villas, des centres commerciaux ou des écoles, sans passer par des sous-traitants. Or, sur ce marché, de nombreux indélicats usent du travail au noir, recrutent des sans-papiers et oublient de payerleurs cotisations sociales. Les entreprises générales qui mandent leurs sous-traitants s’en inquiètent très peu. Enquête sur les chantiers vaudois, où même le président des entrepreneurs a vu sa société épinglée par les inspecteurs du canton.

«Si tu dis mon nom dans ton article, ils vont me massacrer. En arrêtant de me donner des boulots, ou autrement. Le bâtiment, c’est un truc de mafioso.» Silence. Petit patron, Erlon* avale le reste de son Fanta, aussi orange que ses mains de ferrailleur. Merci la rouille. Dans ce kébab de l’Ouest lausannois, ce trentenaire kosovar qui fait dix ans de plus boucle une journée durant laquelle il a posé une tonne de fers à béton. «Ce job, soupire-t-il, c’est pas une vie. Pas un Suisse, ne le ferait.» Alors oui, il fait bosser des compatriotes au noir, des sans-papiers parfois, pour tenir ses délais. Un SMS ou un coup de fil, voilà comment il recrute des bras. Le lendemain à l’aube, lui ou un chef d’équipe passe les prendre près de Malley, à dix minutes du centre-ville de Lausanne. Sauf le vendredi, jour où on coule le béton.

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