Le Portugal, lessivé par la crise (reportage)


Reportage. Chômage, retraites menacées, austérité budgétaire et industrie à l’agonie. Depuis 2008, le Portugal, comme la Grèce, subit la crise. Et alimente la migration vers la Suisse.

Par deux fois, le portable vibre sur la table et avertit que les Lisboètes du Benfica marquent contre les Berlinois du Herta. «Des copains au pays m’informent», s’excuse, soulagé, Helder Calixto dans un café lausannois. Arrivé à l’âge de 11 ans en Suisse, ce Portugais avait tenté en 1999 le retour au pays. Raté. Avec sa famille, il a quitté voici deux ans son «village d’immeubles moches» planté en face de Lisbonne, de l’autre côté du Tage. Et a retrouvé les eaux du Léman pour travailler comme informaticien à l’Ecole cantonale d’art du coin. Le confort d’ici lui manquait, la nonchalance lusitanienne l’excédait et, surtout, la crainte de perdre son job du jour au lendemain le minait. «Quand je parle avec mes amis là-bas, j’ai bien fait. Ils veulent que je leur trouve un boulot ici», rigole le benfiquista alors que son téléphone s’agite. A la fin de la causette, Benfica a fait encore trembler la cage de son rival allemand à deux reprises, de quoi poursuivre son aventure en Europa League de football. Ici démarre une autre aventure en direction de l’Euroland, zone monétaire en pleine crise à Athènes, à Madrid et, depuis peu, à Lisbonne.

Lire la suite

Contre la crise: le prêt de salariés

Grâce à une solution inédite, les partenaires sociaux vaudois ont sauvé 150 emplois.

Paradoxalement, des entreprises peinent toujours à recruter du personnel qualifié. Et ce, malgré la crise et le recul des commandes. En terres vaudoises, patrons du secteur industriel et syndicats ont lancé un projetpilote: troquer des employés durant quelques mois. Depuis février, a appris L’Hebdo auprès des partenaires sociaux, près de 150 postes de travail ont été préservés dans le canton, soit quinze fois plus qu’espéré. Jusqu’à quand?

«Avant de passer au chômage partiel ou, pire, par des licenciements, notre système élaboré avec le patronat retarde l’impact de la crise», lance Yves Defferrard, secrétaire syndical chez UNIA. Mais quel est donc ce système, établi avec le Groupement suisse de l’industrie mécanique (GIM-CH)?

Compétences. Il s’agit de persuader les entreprises en manque de travail de prêter leurs salariés à leurs consœurs – voire leurs concurrentes – à la recherche de bras pour boucler leurs commandes. Sans changement de contrat de travail, ni de salaire. Pour ce faire, un numéro payant (0900 000 120) a été activé afin que les entreprises du canton annoncent offres et besoins.

Pour Yves Defferrard et Frédéric Bonjour, secrétaire général du GIM-CH, «on sauvegarde les compétences tout en évitant les licenciements». Et surtout, ce projet évite jusqu’ici de faire les mêmes erreurs que par le passé. «Lors de la dernière crise, au début de 2000, les patrons avaient licencié d’un coup. Les compétences s’étaient alors envolées et, avec la reprise, le coût de réembauche avait explosé», explique encore le syndicaliste vaudois.

Pas les PME. Frédéric Bonjour tire son chapeau à UNIA. «Leur travail est positif». Mais il y a un hic. «L’échange de compétences a lieu entre grandes entreprises, celles qui ont un service de ressources humaines. » Bobst, Bombardier ou Matisa, par exemple. «Le bilan est donc négatif dans les PME où les petits patrons ne nous contactent pas», concède-t-il. Quant à l’avenir de ces échanges de compétences, le secrétaire patronal, comme chez UNIA, a des craintes: «Depuis peu, les annonces de licenciement s’amoncellent ce qui risque de casser le dispositif.» Au détriment du tissu industriel vaudois.

© L’Hebdo, 08.10.2009