Sperisen: demande de récusation du procureur Bertossa

EXCLUSIF. Les avocats de l’ex-chef de la police civile guatémaltèque, Erwin Sperisen, réclament la récusation du procureur en charge du dossier, Yves Bertossa. En cause, ses liens passés avec l’association TRIAL qui a déposé deux dénonciations en 2008 et 2009 contre leur client. Demain aprs-midi, le Tribunal des mesures de contraintes dira si Erwin Sperisen, soupçonné d’exécutions extrajudiciaires dans son pays, doit être maintenu en détention.

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Bradley Birkenfeld, le témoin que la Suisse n’écoute pas

Fin de partie. Malgré des manœuvres de dernière minute, l’acteur central de l’affaire UBS ira en prison. Et la justice suisse ne l’entendra pas.

D’un chalet à Zermatt à une cellule américaine. En cinq ans, l’existence de Bradley Birkenfeld a basculé. Le 4 janvier, la justice des Etats-Unis a en effet refusé le report d’emprisonnement que sollicitait l’ex-employé d’UBS. Condamné le 21 août par une cour de Floride, l’ancien gérant de fortune qui a transmis des informations cruciales sur l’aide fournie par la grande banque helvétique à sa riche clientèle américaine, voulait continuer de se mettre à table. Trop tard. Le 8 janvier, ce vendredi, il entamera 40 mois de prison ferme. Loin de ce Cervin qu’il scrutait depuis son pied-à- terre.

«J’ai donné aux autorités américaines la plus grosse affaire de fraude fiscale au monde en dénonçant 19 000 criminels internationaux. Je serai le seul à aller en prison! Pas un seul banquier suisse.» Ces mots, Bradley Birkenfeld les a prononcés, pour la première fois à visage découvert, le dimanche 3 janvier. Invité de 60 Minutes, émission de la chaîne de télévision américaine CBS, l’exbanquier a dit son incompréhension. Avec une bonne dose d’aigreur. Lire la suite

Samuel Corto: Cruelle noblesse de robe

Dans «Parquet flottant», l’ancien magistrat Samuel Corto livre une critique mordante de la justice française. Un régal.

Samuel Corto

La justice de France comme biotope. Là où réside une faune vêtue de robes, celles des juges, des procureurs et des avocats. Là aussi où s’aventure la clientèle de la noblesse de robe, qu’elle soit victime ou inculpée. Voilà l’écosystème que Samuel Corto visite, dans Parquet flottant, avec la clairvoyance d’un homme du sérail, d’un magistrat désormais retiré des affaires. Ironique, le propos faussement désabusé laisse peu à peu la place au questionnement sur la machinerie juridique française et ses dérives. De sorte que le rire devient vite jaune, une fois rappelée, pour l’exemple, la débâcle du procès d’Outreau. Fichtrement efficace.

Ah la province! Etienne Lanos, avocat de formation passé dans la magistrature, débarque dans les coulisses d’un tribunal de seconde zone comme substitut du procureur. Il y a les collègues (des gens gris), les séances (si rasantes), les pots de départ et d’arrivée (des parties de lèchebottes), et des audiences (jouées d’avance). Un univers pas très rigolard où la lutte contre le navrant conditionne la survie. Comment? En jouant, tel l’accusateur Lanos, du SMS en plein procès pour frayer avec l’avocate de la partie adverse autrement qu’à coups d’arguties juridiques. Ou en testant avec la rigueur d’un homme de loi les substances les plus fumeuses confisquées par la maréchaussée et entreposées dans les caves du Palais de Justice. Babylone, en somme.

Ces tranches de vie – écrites parfois au seul plaisir de l’auteur – procurent autant de moments à Etienne Lanos pour forger un réquisitoire contre l’institution judiciaire. Elle ne jugerait plus et préférerait jouer de la condamnation. Car seules les victimes comptent.

Relations incestueuses. En cause, la nécessité de «faire du chiffre» comme on dit côté politique. Mais pire, il y a ces relations incestueuses qui lient le siège – les juges – à ces autres hommes de robe, eux debout, que sont les procureurs et leurs substituts. Mêmes écoles, mêmes lieux de recrutement, même envie de grimper. «En collaborant ainsi activement à la politique pénale des parquets dont l’esprit répressif a enflé à mesure que des campagnes électorales sur le sentiment public d’insécurité, [le siège] a cessé d’être le lieu souverain d’appréciation des choix du ministère public et est devenu le facilitateur des poursuites, alors même que la logique d’Etat de celles-ci continue de lui échapper», disserte notre Lanos.

Retenu pour le prix de Flore (décerné le 5 novembre), ce premier roman de Samuel Corto dérange. Car au final, la justice qu’il décrit par son récit incisif ne cherche plus à saisir les raisons sociales, économiques, psychologiques, culturelles ou autres du passage à l’acte. De quoi concourir à un désastre judiciaire: «Une triste convention, nourrie de compromis empiriques, d’indifférence arbitraire et d’outils légaux inadaptés; le noyau organique de la justice ordinaire». Décomposé, le biotope ne sent plus vraiment bon.

A lire: Parquet flottant, de Samuel Corto (Denoël, 2009).

© L’Hebdo, 29.10.2009