Paolo Bernasconi: «La justice pénale a été désarmée contre les délits économiques»

A l’étranger, les enquêtes pénales contre des agents financiers basés en Suisse s’entassent. La justice suisse ne pourra pas faire pareil, selon l’ex-procureur tessinois.

Il y a une semaine, l’Association suisse des banquiers (ASB) plastronnait durant sa journée annuelle. Le secteur a franchi «le creux de la vague»: l’argent frais arrive dans les coffres, la masse des avoirs sous gestion explose et le Parlement a réglé le cas UBS. Donc tout va bien?
D’énormes difficultés restent. Par exemple, les procédures pénales ouvertes à l’étranger contre des intermédiaires actifs sur sol suisse. C’est ce qu’on nomme le cross-border risk et qui pèse sur l’ensemble des intermédiaires basés dans notre pays. Cette bataille très dure est menée par différentes autorités judiciaires et fiscales à l’étranger.

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Scandale bancaire au Tessin: oligarque russe piégé

ENQUÊTE. Fin 2009, une banque tessinoise est fermée par Berne. En cause: un trou d’au moins 20 millions de francs et, a appris L’Hebdo, des transactions qui ont fait perdre plusieurs autres millions au sénateur russe, Vitaly Malkin.

Aston Bank, Lugano«C’était comme dans un film, tout le monde était sous le choc et personne ne comprenait ce qui se passait. Les policiers nous ont dit de tout arrêter, de ne plus toucher aux ordinateurs et aux téléphones.» Carlo*, ancien membre de la direction d’Aston Bank à Lugano, distille lentement ces mots au bout du fil. Vieille de sept mois, cette descente a été digne d’une série américaine. Plus d’une trentaine de policiers – «beaucoup en civil, tous armés», se rappelle notre cadre – ont déboulé dans la discrète banque tessinoise. Objet de cette visite? Des soupçons de malversations à des fins d’enrichissement personnel, un surendettement à hauteur d’au moins 20 millions francs et une clientèle qui pourrait, selon plusieurs sources, avoir perdu encore plus d’argent. Au milieu des dizaines de clients lésés – pour la plupart des Italiens – L’Hebdo y a découvert le nom d’un oligarque russe de tout premier plan: Vitaly Malkin, âgé de 58 ans, ancien proche de feu Boris Eltsine et dont la fortune, avant la crise, était estimée à plus d’un milliard de dollars par le magazine américain Forbes (lire son portrait). A lui seul, il cumulerait des pertes chiffrées à des dizaines de millions. Une histoire qui sent le soufre, de Lugano à Genève, en passant par le Luxembourg et, comme dans tout bon polar, par la Corse.

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