Jersey: les travailleurs de l’argent

(un reportage de Matthieur Ruf, dossier « Paradis fiscaux: le jeu de dupes continue)

Paradis fiscal depuis trente ans, l’île anglo-normande de Jersey vit presque uniquement de la finance internationale, notamment de l’industrie des trusts. Reportage dans un haut lieu de la «planification» fiscale.

La salle des banquets de l’hôtel Pomme d’or, en ce midi du mardi 16 mars, est comble. Carafes d’eau cristallines, serveurs en costumes blancs, cliquetis d’argenterie: la Chambre de commerce de Jersey est réunie pour son lunch périodique. Bientôt, le brouhaha s’amenuise et les regards se tournent vers l’estrade: David Warr, vice-président de la Chambre, prend la parole. «Que ceux qui veulent payer plus d’impôts lèvent la main!» Eclat de rire général. Parmi ces quelque quatre cents représentants du gratin économique et financier de l’île, une seule main se lève: celle de David Bowen, 75 ans, ancien agent de change. Un socialiste parmi les banquiers? Le regard malicieux, David chuchote une explication à ses voisins: «J’aime payer plus d’impôts: ça veut dire que je gagne plus…»

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Pascal Saint-Amans: «Comme le secret bancaire, les trusts sont dans le radar de l’OCDE»

Le 2 avril 2009 à Londres, les gouvernements du G20 lançaient une offensive sur les paradis fiscaux et autres juridictions suspectées de pratiques fiscales plus ou moins douteuses. Une offensive qui n’a pas épargné la Suisse et sa place financière. Pascal Saint-Amans, en charge du dossier à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a répondu aux questions de L’Hebdo.

Après un an, quel bilan tirez-vous de vos travaux?

«Les résultats sont extraordinaires! En un an, les progrès enregistrés en matière de transparence fiscale ont été plus importants que sur toute la décennie. Des obstacles politiques et pratiques se sont levés. Mais surtout, les 91 pays membres du Forum mondial sur la transparence dont la Suisse ont compris que l’échange d’informations sur demande à des fins fiscales était un mouvement inéluctable. La compétition doit avoir lieu sur les services, pas sur le secret».

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Un banquier suisse témoigne: «Je ne vois pas Singapour comme une concurrence»

L’Hebdo a recueilli le témoignage d’un banquier suisse qui a exercé pendant deux ans à Singapour. Curieusement, et alors que celui-ci avait dans un premier temps le droit de s’exprimer à visage découvert, la communication de son employeur nous a imposé l’anonymat complet.

Quand José* arrive à Singapour en septembre 2008, le monde de la finance frise la faillite. Wall Street tremble, la City aussi. En Suisse, les regards sont rivés sur UBS qui, à la mi-octobre, recevra l’aide de Berne pour survivre.

A cette époque, José regarde cela de loin. Ses premiers instants à Singapour pour une grande banque suisse, il les passe à maîtriser les caractéristiques de cette place financière. Comme «cette Bourse qui ferme entre 12 h 30 et 14 h pour laisser le temps aux traders de manger», rit-il.

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Echapper au fisc, mais autrement

Le secret bancaire agonise, mais l’évasion fiscale fleurit. Surtout hors de Suisse, écrit la journaliste Myret Zaki dans son dernier livre.

Pour la clientèle étrangère des banques suisses, le secret bancaire est à terre. Un secret qui a été, selon la journaliste Myret Zaki, la victime d’une lutte commerciale menée par les concurrentes de la place financière helvétique, Etats-Unis et Angleterre en tête. Or, ces Etats et les centres offshore qu’ils protègent – des Caraïbes aux îles Anglo-Normandes – usent d’astuces pour dissimuler des milliards de fortune. Et ce, sans qu’ils ne soient inquiétés par le G20 ou l’OCDE, rapports de force oblige.

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Myret Zaki: «La place financière suisse va régresser au 4ème ou au 5ème rang de la gestion de fortune transfrontalière»

Rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, Myret Zaki publie un nouveau livre consacré à l’évasion fiscale. Après le succès de son ouvrage sur UBS, Les dessous d’un scandale (Favre, 2008) et ses 13 000 exemplaires vendus, la journaliste s’attaque désormais à ce marché de l’évasion, opaque et confidentiel. Entretien.

Voici deux ans, vous vous attaquiez à UBS. Aujourd’hui, vous prenez le parti de défendre ce qui peut encore l’être dans la place financière suisse?
Non, je ne défends pas le secteur bancaire suisse, mais le droit de la Suisse a un traitement équitable. Il me semble crucial de dénoncer un état de fait. D’ailleurs, aux yeux des banquiers privés genevois, parler de ce genre de sujet publiquement vous rend suspect. Ils n’aiment pas que l’on parle ainsi à haute voix.

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